Quand tu casses ta tirelire pendant quinze ans pour te monter une bibliothèque Steam à quatre chiffres, tu t’imagines peut-être la léguer à ta progéniture comme on transmet une collection de vinyles. Mauvaise nouvelle : c’est juridiquement impossible, et Valve l’a confirmé noir sur blanc à plusieurs reprises. Peu importe le testament, peu importe l’acte notarié, ta bibliothèque de jeux ne changera jamais de propriétaire officiel après ta mort.
À retenir
- Valve ferme hermétiquement la porte : aucun compte Steam n’est transférable, même après décès
- Derrière cette interdiction se cache une distinction cruciale entre possession et licence révocable
- Le vide juridique persiste : la loi n’a pas encore rattrapé la dématérialisation des biens numériques
Ce que Valve répond, mot pour mot, quand on lui pose la question
L’affaire a resurgi grâce à un utilisateur du forum ResetEra qui a posé la question la plus logique du monde au support Steam : est-ce que son compte pourrait être transmis via un testament le jour où il ne serait plus de ce monde. La plateforme a répondu que les comptes et jeux Steam ne sont pas transférables, que le Support ne peut fournir l’accès à quelqu’un d’autre ni fusionner le contenu avec un autre compte, et qu’un compte Steam ne peut pas être transféré via un testament.
La formule a de quoi jeter un froid. Concrètement, quand tu meurs, ta collection de jeux sur la plateforme Steam meurt avec toi. Ce n’est pas une position isolée ou un malentendu de service client mal luné un lundi matin : Valve confirme cette ligne depuis des années. L’entreprise a publiquement confirmé, notamment dans une réponse à un ticket de support devenue virale en 2013, que les comptes ne peuvent pas être transférés, même à des membres de la famille, même avec un certificat de décès, même avec une décision de justice.
Pourquoi une licence n’est pas un bien qu’on transmet
La logique derrière cette fermeture totale tient en une phrase que les joueurs oublient trop souvent en cliquant sur « j’accepte » : tu n’achètes jamais un jeu sur Steam, tu achètes le droit de l’utiliser. Ce ne sont pas tes jeux Steam. Ce sont des licences révocables qui te sont accordées suivant des conditions d’utilisation non transférables. La nuance paraît juridique et lointaine, mais elle change tout au moment de la succession : un bien matériel se transmet, une licence personnelle s’éteint avec son titulaire.
Le Steam Subscriber Agreement, les fameuses conditions générales que personne ne lit jusqu’au bout, est explicite sur ce point. Dans la section C de l’article 1, il est écrit que l’utilisateur ne peut pas révéler, partager ou permettre à d’autres d’utiliser son mot de passe ou son compte, sauf autorisation spécifique de Valve, et qu’il est responsable de la confidentialité de son identifiant et de la sécurité de son ordinateur. le partage d’identifiants reste, sur le papier, une violation contractuelle, décès ou pas.
Un flou juridique que les lois n’ont pas encore comblé
Le sujet est loin d’être tranché légalement, et c’est bien ça le plus intéressant. Aux États-Unis, certains États ont voté des textes censés protéger l’accès des héritiers aux actifs numériques. La plupart des États américains ont adopté le Revised Uniform Fiduciary Access to Digital Assets Act, qui donne aux exécuteurs testamentaires le droit d’accéder aux actifs numériques, mais l’accord d’abonnement de Steam interdit explicitement les transferts « par effet de la loi », créant une tension juridique, et un exécuteur qui obtiendrait un accès via cette loi resterait techniquement en violation des conditions de Steam. Un vrai casse-tête d’avocat, avec un tribunal qui n’a d’ailleurs jamais tranché la question pour un compte Steam à ce jour.
Ce vide juridique n’est pas propre au jeu vidéo, mais Valve a un avantage : la loi n’a tout simplement pas suivi le rythme de la dématérialisation. Les lois entourant la propriété numérique n’ont pas rattrapé leur retard, et selon les experts, dix-neuf États américains ont adopté des lois sur les actifs numériques, mais ces textes concernent surtout les réseaux sociaux et les emails, pas le contenu numérique acheté. En France, aucune législation ne vient spécifiquement contredire ou renforcer les CGU de Valve sur ce point précis, ce qui laisse l’éditeur en position de force totale.
Le contournement que tout le monde connaît (et que Valve tolère en silence)
Il existe pourtant une solution, largement documentée et officieusement acceptée par la communauté : donner ses identifiants avant de partir. Il est possible de léguer sa bibliothèque à l’ancienne, puisque Steam n’a normalement aucun moyen de savoir si son titulaire est vivant ou mort, et que le compte devrait continuer d’être maintenu actif. Dans les faits, la plateforme ne traque pas les avis de décès et ne réclame aucune pièce d’identité biométrique à chaque connexion.
C’est d’ailleurs le conseil que se refilent les joueurs sur les forums depuis des années : transmettre le mot de passe, l’email associé, les codes de récupération Steam Guard, plutôt que d’espérer un miracle du service client. La pratique consiste à documenter son identifiant Steam, activer le partage familial avec son conjoint ou ses enfants, et conserver les codes de secours Steam Guard. Ça reste une entorse aux conditions d’utilisation, mais c’est aujourd’hui la seule méthode qui fonctionne vraiment pour préserver l’accès à une bibliothèque.
Un détail mérite d’être précisé pour ceux qui comptent sur le Partage Familial Steam comme solution miracle : cette fonctionnalité est pensée pour le partage d’accès au sein d’un foyer, elle permet aux membres de la famille de jouer à des jeux éligibles depuis une bibliothèque partagée selon les règles de Steam, mais elle ne transforme jamais cette bibliothèque en actif transmissible. Si un jour la loi impose aux plateformes de traiter les licences de jeux comme des successions numériques à part entière, ce sera un vrai séisme pour l’industrie entière, pas seulement pour Valve.
Sources : onelife-media.fr | journaldugeek.com