« 340 € de V-Bucks partis sur ma carte en un week-end » : pourquoi tout se joue sur l’âge de celui qui a validé l’achat

Trois cent quarante euros de V-Bucks envolés en un week-end, une carte bancaire enregistrée sur une console, et des parents qui découvrent la note en consultant leur compte le lundi matin. Ce scénario, des dizaines de milliers de familles l’ont vécu avec Fortnite, au point que la Federal Trade Commission américaine a fini par s’en mêler sérieusement. Avant d’espérer un remboursement, une question tranche tout le dossier : quel âge avait la personne qui a validé l’achat ?

Cette question a coûté 245 millions de dollars à Epic Games.

À retenir
  • Epic Games a été condamnée à rembourser 245 millions de dollars aux joueurs concernés par des achats frauduleux de V-Bucks.
  • En France, un mineur ne peut pas contracter légalement, le parent reste responsable de chaque dépense jusqu’aux dix-huit ans.
  • Le contrôle parental Epic Games avec code PIN ne s’applique pas sur PlayStation, Xbox et Switch, laissant des failles de sécurité.

Le scandale des V-Bucks qui a coûté 245 millions de dollars à Epic Games

En 2022, Epic Games a accepté un accord historique de 520 millions de dollars avec la FTC. Sur cette somme colossale, une pénalité de 275 millions de dollars et 245 millions de dollars supplémentaires étaient destinés au remboursement des joueurs concernés. La FTC pointait des méthodes de conception bien précises : des placements de boutons trompeurs et la possibilité d’effectuer des achats en un seul clic sans confirmation. Dans certains cas, les joueurs ont acheté des objets par inadvertance pendant les écrans de chargement du jeu ou lorsqu’ils sortaient le jeu du mode veille.

Jusqu’en 2018, le jeu permettait même aux enfants d’acheter la monnaie du jeu, les V-Bucks, sans avoir besoin de l’approbation des parents ou du titulaire de la carte. Un enfant de huit ans avec une carte enregistrée avait donc, dans les faits, le même pouvoir d’achat qu’un adulte.

La FTC distribue déjà plus de 126 millions de dollars en remboursements aux joueurs concernés.

Pourquoi l’âge du payeur change absolument tout

En France, le droit ne laisse pas beaucoup de place au débat : un mineur non émancipé est dans l’incapacité de contracter, et les contrats bancaires d’un mineur fonctionnent donc sous la responsabilité de ses parents ou de son représentant légal. L’âge de la majorité étant fixé à dix-huit ans, cette responsabilité s’applique sans exception jusqu’à cet anniversaire, sauf émancipation. Les banques le rappellent sans détour dès qu’un parent réclame un dédommagement.

Sur un forum juridique, un père raconte s’être vu répondre par sa banque : « Je ne serai pas remboursé car je suis responsable de mon enfant », après avoir fait opposition sur sa carte.

Certaines banques proposent une carte bancaire dès dix ans, avec l’accord obligatoire des représentants légaux. Ce geste pédagogique ne change rien au fond : le parent reste engagé pour chaque euro dépensé, V-Bucks compris. Contrairement aux joueurs américains, les familles françaises n’ont pas de procédure collective équivalente à celle pilotée par la FTC. Leur seul levier reste la contestation bancaire, avec le risque de voir la responsabilité renvoyée sur le foyer, exactement comme dans le témoignage cité plus haut.

Le contrôle parental Epic Games, utile mais plein de trous

Un code PIN à six chiffres permet de verrouiller les achats effectués via le service de paiement d’Epic Games. Il faut d’abord le configurer depuis l’espace dédié au contrôle parental, en se connectant au compte de l’enfant. Sur le papier, c’est la meilleure protection dont dispose un parent contre les dérapages de fin de semaine.

Ce réglage ne s’applique ni à PlayStation, ni à Xbox, ni à Switch.

Epic a tout de même prévu un filet spécifique pour les plus jeunes. Si un compte indique un utilisateur de moins de 13 ans, un plafond quotidien de 100 dollars s’applique automatiquement. Au-delà de ce montant, le code PIN parental devient obligatoire pour valider la suite de l’achat. Ce plafond couvre les achats dans Fortnite, Rocket League, Fall Guys et l’Epic Games Store, rien d’autre.

L’accord avec la FTC a aussi mis fin à une pratique bien plus vicieuse : jusqu’alors, l’ordonnance interdit à Epic d’empêcher les consommateurs d’accéder à leurs comptes pour contester des frais non autorisés, ce qui n’était pas toujours le cas avant. Désormais, contester un prélèvement ne signifie plus perdre l’accès au compte et à tous les objets déjà achetés. Pour un parent confronté à 340 euros de V-Bucks non désirés, la question à se poser avant de saisir sa banque n’est donc plus « vais-je perdre le compte », mais bien « qui, dans ce foyer, avait la main sur la manette et la carte ce week-end-là ».