Un lecteur nous a raconté son histoire : une console rétro à 45 €, dénichée sur une place de marché chinoise, avec la promesse de « milliers de jeux » préinstallés. Trois semaines après la livraison, un courrier des douanes tombe dans la boîte aux lettres. Ce scénario n’a rien d’isolé, et il révèle un mécanisme méconnu : ce n’est pas tant le prix payé qui déclenche l’alerte, mais l’adresse d’expédition du colis.
Ces petites machines au look Game Boy ou Switch ne sont pas de simples gadgets bon marché.
Elles embarquent souvent des bibliothèques entières de jeux piratés, un point que les autorités douanières européennes surveillent de très près depuis quelques années. Depuis quelques années, le rétrogaming séduit de plus en plus d’utilisateurs et les fabricants chinois multiplient les machines portables proposant de l’émulation, souvent livrées avec des packs de ROMs contenant des dizaines de milliers de jeux. Certains modèles vendus sur AliExpress ou eBay revendiquent même jusqu’à un grand nombre de jeux préinstallés, pouvant aller de quelques centaines à plus de 45 000 jeux. Un chiffre qui fait rêver sur la fiche produit, mais qui cache une réalité juridique bien moins reluisante.
- Les consoles rétro chinoises contiennent souvent des milliers de jeux piratés, constituant une violation du droit d’auteur.
- L’adresse d’expédition du paquet détermine le niveau de contrôle douanier, les envois directs de Chine étant davantage scrutés.
- Depuis 2026, un colis à 45 € cumule désormais TVA, taxe française temporaire et droit forfaitaire européen.
Des consoles clonées, pas des consoles piratées par hasard
En 2024, les douanes italiennes de Turin ont mis la main sur un stock impressionnant de ces machines. Le colonel Alessandro Langella évoque la saisie de 12000 consoles et de l’équivalent de 47 millions de jeux piratés pour une contrevaleur estimée à 47,5 millions d’euros. Les modèles interceptés reprenaient sans licence les codes visuels de marques bien connues.
Il s’agit d’un véritable trafic à échelle internationale qui n’hésite pas à aller jusqu’à cloner des consoles portables bien connues du grand public : Gameboy, Switch, PSP, PS Vita, mais également consoles plus anciennes comme Megadrive, NES, Atari. Le problème ne se limite pas à l’esthétique copiée. Chaque cartouche de ROMs stockée sans autorisation constitue une violation du droit d’auteur, et l’acheteur final n’est pas à l’abri d’ennuis.
Pour l’acheteur, ces consoles peuvent aussi constituer une forme de complicité dans la contrefaçon, et l’utilisateur risque de se retrouver impliqué dans une importation de produits illégaux. Un YouTuber italien en a fait les frais après avoir simplement testé l’une de ces machines en vidéo, risquant plusieurs années de prison pour ce geste a priori anodin, comme le rapportait un média spécialisé en retrogaming en septembre 2025.
La justification « jeux abandonnés » ne tient pas la route devant un tribunal.
La fiscalité a aussi changé la donne en 2026
Même pour une console parfaitement légale, la note douanière s’est alourdie récemment. Depuis le 1er mars 2026, la France a mis en place une nouvelle taxe d’importation temporaire, qui ajoute 2 € au prix de chaque article dans les commandes de moins de 150 € qui proviennent d’un vendeur en dehors de l’Union européenne. Cette taxe s’ajoute à une TVA déjà due depuis longtemps sur ces colis.
La TVA, elle, était déjà due depuis juillet 2021. Puis le vrai basculement est arrivé au milieu de l’année. Depuis le 1er juillet 2026, la franchise de droits de douane jusqu’alors applicable aux envois d’une valeur intrinsèque inférieure à 150 € est supprimée. À la place, un droit forfaitaire de 3 € par catégorie d’article, même code SH s’applique désormais, et ce jusqu’en 2028 selon le dispositif transitoire prévu par la Commission européenne. Concrètement, une console à 45 € qui passait auparavant sous les radars fiscaux peut désormais cumuler TVA, taxe française et droit forfaitaire européen.
Trois taxes distinctes pour un seul petit colis.
Pourquoi l’adresse d’expédition change tout
C’est là que l’origine géographique du paquet devient déterminante. Un colis expédié directement depuis la Chine tombe dans le viseur des contrôles renforcés, à la fois pour la fiscalité et pour la détection de contrefaçon. La Commission européenne a rapporté qu’environ 4,6 milliards de colis d’une valeur inférieure à 150 € sont entrés dans l’UE en 2024, dont environ 91 % en provenance de Chine. Un volume tel que les douanes ont dû cibler leurs contrôles, et les consoles de retrogaming clonées figurent parmi les catégories surveillées en priorité.
Certains vendeurs contournent ce risque en faisant transiter leurs envois par d’autres points d’entrée européens. Les envois transitent fréquemment par les Pays-Bas via PostNL, ce qui peut influencer le traitement douanier, sans garantie que le colis échappe totalement au contrôle. Ce phénomène a pris une ampleur telle que la taxe française de 2 € a raté sa cible : environ 90 % des volumes ont été déportés vers d’autres points d’entrée européens, avant acheminement routier vers la France.
Résultat, le rendement de la taxe a été dérisoire face aux prévisions initiales du budget. Le budget 2026 en attendait environ 400 millions d’euros sur l’année, mais le rendement constaté a été d’environ 2,3 millions d’euros par mois, soit moins de 10 % de la cible annualisée. Un colis qui passe par Rotterdam ou Liège avant d’arriver en France n’est pas forcément moins taxé, mais il change de circuit de contrôle et de délai de traitement, ce qui explique en partie ces lettres de douane qui arrivent parfois plusieurs semaines après la livraison du produit lui-même.
Le rétroplanning du dossier douanier est rarement instantané.
Avant de cliquer sur « acheter », il vaut mieux vérifier la localisation réelle du vendeur, pas seulement le nom de la boutique affiché sur la place de marché. Un vendeur enregistré au régime IOSS et basé dans l’Union européenne ne présente pas la même exposition qu’un envoi direct depuis une usine chinoise inconnue. Et pour ces consoles tout-en-un vendues avec des bibliothèques de jeux XXL, la question n’est plus seulement fiscale : elle touche directement au droit d’auteur, avec des conséquences qui peuvent dépasser largement le prix d’achat initial.
Sources : transitaire-chine-france.com | international-pratique.com | grossiste-chinois-import.com