Geralt au niveau 100, équipé de la panoplie complète Viper de l’école du Serpent, avec des runes de Lévitation sur chaque lame et un build Signe d’Axii qui transforme n’importe quel ennemi en marionnette docile. Vous lancez le New Game+. Et là, au premier combat contre trois bandits de bas étage sur la route de White Orchard, vous regardez vos chiffres de dégâts. Une centaine de points. Sur des ennemis qui en ont peut-être deux cents. Le fameux « je vais tout écraser » tourne court.
Ce moment de friction, presque tous les joueurs qui ont enchaîné directement sur le New Game+ de The Witcher 3 l’ont vécu. Et il révèle quelque chose d’assez malin dans la façon dont CD Projekt Red a conçu ce mode.
À retenir
- Le jeu recalcule agressivement les niveaux ennemis, mais pas selon une courbe linéaire avec votre équipement
- Vos dégâts de base restent inchangés tandis que les PV adverses explosent : le décalage intentionnel dure 15 à 20 heures
- L’équipement NG+ exclusif surpasse tout ce que vous pouviez fabriquer en partie normale : c’est la vraie clé du transition
Ce qui se passe vraiment sous le capot du NG+
Le New Game+ de The Witcher 3 ne se contente pas de recharger la campagne avec votre sauvegarde. Le jeu recalcule les niveaux de tous les ennemis à la hausse, souvent de manière agressive, pour rester en phase avec le niveau de Geralt au moment du lancement. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire. Le problème, c’est que l’équilibre ne se fait pas sur une simple valeur de niveau : les résistances, les points de vie et les multiplicateurs de dégâts des ennemis sont recalculés selon une courbe qui ne progresse pas linéairement avec l’équipement du joueur.
Concrètement, vos dégâts de base restent ceux de votre équipement d’origine, mais les ennemis arrivent avec des pools de PV calibrés pour un Geralt qui aura progressé dans ce New Game+, pas pour un Geralt qui débarque avec du stuff de fin de partie d’une run normale. Le scaling est prévu pour que la courbe de puissance soit ressentie sur la durée, pas immédiatement. Résultat : les vingt premières heures peuvent sembler étrangement molles, même avec un personnage qui semblait inarrêtable.
Un autre facteur joue énormément : les niveaux d’équipement. Une épée de niveau 50 reste une épée de niveau 50 en NG+. Or le jeu génère des ennemis dont les stats sont pensées pour du stuff « natif » du New Game+, des pièces d’équipement craftées ou trouvées pendant cette nouvelle run, avec les recettes de haut niveau disponibles uniquement dans ce mode. L’Armure de l’École du Griffon de Maître, par exemple, qui n’existe qu’en NG+, dépasse les stats de ce que vous pouviez fabriquer en partie normale.
Le build « God Mode » qui ne l’est plus vraiment
Ce décalage entre la perception de puissance et la réalité des chiffres est particulièrement frappant sur les builds orientés Signes. Un build Igni ou Quen poussé à l’extrême en fin de partie normale peut sembler absolu : Igni Alternatif qui met le feu à tout, Quen qui absorbe des dégâts massifs. En NG+ sur Mort Subite ou Sang et Vin, les ennemis lourds comme les Ourse ou les Striga récupèrent assez vite leur statut de menace sérieuse, précisément parce que leurs résistances élémentaires ont été revues à la hausse.
Certains joueurs pensent contourner ça avec un build épée pure et Points de Compétence massifs orientés vers les Capacités de Combat. C’est la stratégie qui supporte le mieux la transition, parce que les dégâts physiques souffrent moins de la courbe de résistance. Mais même là, les quinze premiers niveaux du NG+ vous rappellent que le jeu n’est pas là pour vous laisser appuyer sur un bouton et regarder les ennemis tomber.
Ce qui rend ce rééquilibrage honnête, c’est qu’il est cohérent avec le reste du design du jeu. CD Projekt Red n’a jamais conçu The Witcher 3 comme un power fantasy brut. Geralt est un survivant, un professionnel, pas un superhéros. Le NG+ prolonge cette logique : vous êtes fort, expérimenté, mais le monde s’adapte.
Comment aborder le NG+ sans se sabrer les ailes dès le départ
La vraie erreur de la plupart des joueurs est de lancer le NG+ sur la même difficulté que leur première run. Si vous avez fini en Difficile, repartir en Difficile en NG+ va vous confronter à ce mur de dégâts faibles et d’ennemis éponges pendant trop longtemps pour que ce soit agréable. Choisir une difficulté légèrement inférieure au départ, puis augmenter quand votre équipement NG+ commence à prendre le relais, c’est la lecture la plus sensée.
Dépenser vos Pièces d’Artisanat et vos matériaux dès les premiers niveaux pour upgrader ou reconstruire votre équipement dans les schémas NG+ fait une différence mesurable. Les marchands et armuriers de White Orchard proposent déjà en NG+ des recettes introuvables en partie normale. Les exploiter immédiatement plutôt que de garder votre stuff « vintage » change radicalement la courbe des premières heures.
Enfin, si votre build repose sur les Mutations débloquées avec l’extension Blood and Wine, sachez que vous les conservez en NG+ dès le départ. C’est l’un des vrais avantages du report de sauvegarde : ces Mutations, qui modifient profondément les capacités de Geralt, restent actives et peuvent être réorientées librement. Un build « Euphoria » conservé depuis la fin de partie précédente reste redoutable même pendant la phase de transition, à condition d’alimenter la jauge d’Adrenaline correctement via des frappes en combo.
Ce que le New Game+ de The Witcher 3 fait mieux que beaucoup d’autres RPG dans cet exercice, c’est de ne pas vous promettre une promenade de santé. Il vous rappelle que la puissance est relative. Le niveau 100 de votre Geralt, c’était la puissance de ce monde-là. Le NG+ en ouvre un autre, légèrement décalé, qui remet la jauge à zéro sans jamais effacer ce que vous savez faire.