Quatre-vingt euros de côté, trois AAA dans le viseur pour juin 2026. Gothic 1 Remake, Final Fantasy VII Rebirth sur Xbox et Switch 2, EA Sports UFC 6. Le genre de planning d’achat qui s’établit pendant un long weekend de pluie, crayon en main, à arbitrer entre les sorties. Puis le 29 mai, un jeu sorti de nulle part a tout fait exploser.
Mina the Hollower. Un jeu indé de Yacht Club Games, les mecs derrière Shovel Knight, qui arrive sans bruit de fond médiatique particulier et rafle immédiatement la mise. Pas de budget marketing de 50 millions, pas de leak orchestré pendant des mois, pas de trailer au Super Bowl. Juste un pixel art Game Boy Color, une petite souris avec un fouet, et un score Metacritic qui dépasse tout ce que les gros éditeurs avaient posé sur la table cette année.
À retenir
- Un jeu indé surpasse les plus gros blockbusters AAA sur tous les agrégateurs de notes
- Yacht Club Games abandonne Shovel Knight pour créer quelque chose d’entièrement nouveau et plus sombre
- Le timing est cruel pour Gothic Remake, Final Fantasy VII Rebirth et UFC 6, maintenant relégués au second plan
Un indé qui terrasse les blockbusters sur leur propre terrain
Sur Metacritic, Mina the Hollower occupe la place du jeu le mieux noté de 2026, avec une moyenne de 92, contre 91 pour Forza Horizon 6 et 89 pour Pokémon Pokopia et Resident Evil Requiem. Pour replacer ça dans son contexte : Forza Horizon 6 et Requiem, ce sont deux des sorties les plus attendues de l’année, des projets avec des budgets à plusieurs dizaines de millions, des équipes de plusieurs centaines de personnes. Le jeu récolte également sur Steam une moyenne de notes « très positives » avec 86% d’évaluations favorables sur 295 avis d’utilisateurs dans les premières heures.
Annoncé à grand renfort d’enthousiasme, retardé à plusieurs reprises puis peaufiné avec une attention presque obsessionnelle, le projet représentait beaucoup plus qu’un simple nouveau jeu pour l’équipe américaine : il devait démontrer que le studio était capable de dépasser l’ombre de son chevalier bleu pour créer une toute nouvelle franchise capable de marquer l’industrie. Ce n’est pas rien comme enjeu. Quand tu passes plus de huit ans sur une seule franchise, le prochain projet, c’est presque existentiel.
Ce que Mina fait concrètement, et pourquoi ça cartonne
Le gameplay et le scénario s’inspirent de jeux comme Castlevania, The Legend of Zelda: Link’s Awakening et Bloodborne. Une synthèse qui semble incongrûe sur le papier, Game Boy Color croisé avec l’école From Software, mais qui fonctionne à un niveau presque absurde selon les tests. Mina the Hollower est une fusion entre l’esthétique des Zelda Game Boy et un design souls-like moderne qui crée quelque chose qui lui est entièrement propre.
Mina manie un fouet nommé Nightstar lui permettant d’attaquer dans quatre directions, et peut utiliser une technique appelée « Hollowing » qui lui permet de creuser sous terre. Mécaniquement, ça donne une dimension verticale et tactique totalement inhabituelle dans un jeu vue de dessus. Contrairement à de nombreuses productions modernes qui guident constamment vers le prochain objectif, le titre adopte une philosophie beaucoup plus libre, avec plusieurs directions accessibles dès le départ.
Les critiques saluent particulièrement l’atmosphère, les sensations de jeu, les combats de boss, les secrets, le level design et la densité de son monde. Et question contenu, le jeu offre plus de 15 heures pour une première partie, et même alors, vous n’aurez pas tout découvert. À une époque où certains AAA à soixante-dix euros se terminent en huit heures en ligne droite, c’est une piqûre de rappel assez cuisante pour les équipes marketing des gros éditeurs.
L’aspect technique mérite une mention. Dans une démarche de rendre hommage au gaming portable des origines, Mina respecte les limitations techniques de la Game Boy, sans assets 3D et avec seulement quatre couleurs par tile. La seule entorse à la règle est la résolution grand écran. Ce niveau d’obsession pour la cohérence artistique, ça ne s’improvise pas, et les joueurs le sentent.
Juin 2026 : un mois où les AAA jouent des coudes
Le timing est particulièrement cruel pour les grosses sorties de juin. Gothic 1 Remake est une réédition intégrale du RPG sorti en 2001, développée sous Unreal Engine 5, où le joueur incarne un prisonnier jeté dans la Colonie, une zone minière isolée par une barrière magique, avec exploration en monde ouvert, progression par factions et combats modernisés. Un projet solide, attendu par les fans de RPG old school. Les joueurs Switch 2 auront aussi le portage de Final Fantasy VII Rebirth, et EA Sports UFC 6 débarquera avec même sept jours d’accès anticipé pour les acheteurs de la Ultimate Edition.
Tous ces jeux méritent d’exister. Mais ils arrivent dans un contexte où Mina the Hollower a déjà squatté les conversations depuis le 29 mai, capturé l’attention des streamers, et transformé les 80 euros budgétés en une question existentielle. Le jeu est disponible sur PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X/S, Nintendo Switch et Nintendo Switch 2, soit pratiquement toutes les plateformes du marché, ce qui efface toute excuse de compatibilité.
Ce que ça dit vraiment du marché du jeu vidéo
Ce n’est pas la première fois qu’un indé chamboule un calendrier AAA bien huilé. 2025 est restée dans les mémoires comme l’une des meilleures années pour les jeux indépendants, la scène indie ayant prouvé qu’elle pouvait rivaliser avec les productions AAA. Mais Mina the Hollower franchit un cap supplémentaire en réussissant à coiffer des titres de la trempe de Forza ou Resident Evil sur les agrégateurs de notes, et pas d’un cheveu.
Yacht Club Games aurait pu se faciliter la tâche avec un énième jeu Shovel Knight, mais a choisi de faire quelque chose de nouveau, de différent, et peut-être un peu plus sombre. Mina the Hollower ne ressemble donc jamais à une tentative bon marché de surfer sur la nostalgie. La nuance est là, et elle compte beaucoup : le retro pour le retro, ça marche de moins en moins. Ce qui marche, c’est le retro avec une vraie vision derrière.
Les 80 euros initialement prévus ? L’un des aspects les plus intelligents de Mina the Hollower concerne ses options de personnalisation de difficulté, Yacht Club Games ayant intégré un impressionnant système de modificateurs permettant d’ajuster pratiquement tous les paramètres importants. Ce système d’accessibilité granulaire, rare dans les productions indépendantes de cette ambition, élargit encore davantage son public potentiel. Gothic, FFVII Rebirth et UFC 6 restent au programme. Mais dans l’ordre, Mina passe en premier.
Sources : gameblog.fr | escapistmagazine.com