Nvidia ne répartit plus le courant fil par fil sur les GeForce RTX 40 : sur une prise pas tout à fait enfoncée, une seule broche encaisse le reste

Sur les GeForce RTX 40 et 50, Nvidia a purement et simplement supprimé la surveillance individuelle du courant sur les broches d’alimentation. Les modèles RTX 30 haut de gamme intégraient trois résistances de shunt qui permettaient à la carte de lire les six broches +12V comme trois entrées distinctes, et de réagir si l’une de ces paires venait à manquer. Cette capacité a disparu avec les RTX 40 et 50, où l’alimentation des six broches est désormais regroupée derrière une source unique. Concrètement, si une seule broche encaisse tout le courant parce que la prise n’est pas totalement enfoncée, la carte ne voit strictement rien d’anormal.

Un défaut qui reste invisible pour le GPU, jusqu’au court-circuit.

À retenir
  • Les RTX 40 et 50 fusionnent les six fils +12V derrière un seul point de mesure au lieu de trois résistances de shunt individuelles sur les RTX 30
  • Un connecteur mal enfoncé peut concentrer plus de 22 ampères sur un seul fil calibré pour 9,5 ampères maximum sans que le GPU ne détecte l’anomalie
  • La RTX 5090 Founders Edition aggrave le risque avec une seule résistance de shunt au lieu de deux, permettant jusqu’à 41,6 ampères sur une broche

Ce que faisaient les RTX 30, et que les RTX 40 ne font plus

Sur une RTX 3090 Ti, les fils +12V n’étaient pas reliés directement après le connecteur : ils formaient trois paires séparées, chacune surveillée par une résistance de shunt capable de mesurer le courant qui la traversait. Si l’une de ces résistances détectait qu’une paire délivrait plus de courant que la normale, la carte pouvait refuser de démarrer pour alerter l’utilisateur d’un problème de connectique. C’était rustique, mais ça marchait : un fil défaillant se voyait immédiatement dans les données. Nvidia appelait ça de la redondance, les ingénieurs appellent ça du bon sens électrique.

Ce garde-fou n’a pas survécu à la génération suivante.

RTX 40 : tout fusionné derrière un seul point de mesure

Sur les GeForce RTX 4090 et 5090 Founders Edition, ainsi que sur la plupart des cartes de référence, ces résistances de shunt individuelles ont disparu : les six brins sont immédiatement reliés à une seule borne +12V juste après les contacts du connecteur. Le GPU ne voit plus qu’un flux global, sans distinction possible entre les broches. Il ne peut donc plus savoir si le courant arrive équitablement réparti sur les six fils, ou si cinq d’entre eux sont hors service et que le sixième porte toute la charge à lui seul.

Le scénario catastrophe, mesuré en laboratoire

Ce n’est pas une hypothèse théorique.

L’overclockeur Roman Hartung, alias Der8auer, a testé une RTX 5090 Founders Edition avec un connecteur 12VHPWR neuf et correctement branché. Deux des six fils +12V se sont retrouvés nettement plus chauds que les autres, transportant plus de 22 ampères contre environ 2 ampères pour le reste, tandis que le connecteur côté alimentation grimpait à 150 °C. Comme le connecteur ne voit que des broches de détection satisfaites, il considère que tout va bien et laisse passer 575 watts, voire plus, à travers un seul fil de calibre 16 AWG si nécessaire. Un simple écart de résistance entre les fils suffit à déclencher ce déséquilibre, sans qu’aucun voyant ne s’allume côté logiciel.

Sur la RTX 5090 Founders Edition, Nvidia a même réduit la voilure à une seule résistance de shunt au lieu de deux, aggravant encore le risque. Dans le pire des cas, jusqu’à 500 watts, soit environ 41,6 ampères, peuvent transiter par une seule broche alors que celle-ci n’est homologuée que pour 9,5 ampères maximum.

Quelques cartes font exception à la règle

Toutes les GeForce RTX 40 et 50 ne sont pas logées à la même enseigne. La RTX 5090 Astral d’Asus dispose bien de résistances de shunt individuelles pour mesurer le courant sur chaque ligne +12V, mais sans fonction d’équilibrage ni d’arrêt automatique en cas de déséquilibre détecté. Chez Zotac, certaines cartes embarquent une LED rouge qui refuse purement et simplement l’allumage si le connecteur 12V-2×6 n’est pas parfaitement enfoncé. Ce sont des pansements utiles, pas des corrections du défaut de conception initial.

Nvidia avait pourtant tenté de limiter la casse dès 2023. Le connecteur révisé 12V-2×6, repéré sur la RTX 4070 Founders Edition, raccourcit les broches de détection pour empêcher la carte de consommer sa pleine puissance tant que la fiche n’est pas totalement insérée. Ça règle le problème du branchement approximatif, mais pas celui de la répartition interne du courant une fois la prise correctement enfoncée. Les câbles 12VHPWR restent par ailleurs conçus pour une trentaine de cycles de branchement/débranchement, comme n’importe quel connecteur de ce type. Au-delà, la résistance de contact augmente et le risque de point chaud grimpe avec elle.

Vérifier que la prise clique bien à fond, éviter de la plier juste après l’insertion, et surveiller les cycles de branchement restent, pour l’instant, les seuls réflexes qui compensent ce que le hardware ne surveille plus lui-même.