Vendre sa vieille PS5 ou son stock de jeux Switch sur Leboncoin reste totalement légal, personne ne va vous en empêcher. Mais depuis 2023, la plateforme a l’obligation de transmettre à l’administration fiscale un récapitulatif annuel dès que vous dépassez certains seuils de vente. La directive européenne DAC7 oblige depuis 2024 toutes les plateformes, dont Leboncoin, à transmettre les données vendeur à l’administration fiscale française, dès 30 ventes annuelles ou 2 000 euros de recettes brutes. Ce document arrive par email en janvier, sans que vous ayez rien demandé.
Chaque début d’année, Leboncoin envoie par email un récapitulatif des ventes de l’année précédente, transmis simultanément à la DGFiP. Le fisc, lui, l’affiche directement dans votre espace personnel. Il indique désormais au début de la déclaration de revenus par internet un récapitulatif des transactions réalisées via des plateformes collaboratives l’année précédente, avec des liens vers des fiches pour savoir si ces revenus doivent être déclarés.
Le point qui surprend le plus, c’est le fonctionnement du seuil.
- Leboncoin transmet automatiquement vos données de vente aux impôts si vous dépassez 30 ventes ou 2 000 euros annuels
- Revendre une PS5 et quelques jeux occasion en perte suffit généralement à déclencher cette transmission sans aucune taxation
- La vraie vigilance concerne les revendeurs réguliers de consoles collector, qui risquent une requalification en activité commerciale imposable
30 ventes ou 2000 euros : le « OU » qui change tout
Le seuil de déclenchement est simple : 30 ventes annuelles ou 2 000 euros de recettes brutes, le premier des deux atteint déclenche la transmission. Notez le OU. Vous pouvez vendre 31 t-shirts à 5 euros pièce (155 euros total, 31 ventes) et passer le filtre, ou vendre une seule pièce à 2 100 euros et déclencher la transmission. Pour un gamer, le calcul se fait vite : une PS5 revendue avec deux ou trois jeux récents et un pad supplémentaire peut suffire à franchir la barre des 2000 euros en une poignée d’annonces. Un vide-dressing gaming un peu généreux, et vous voilà catalogué comme vendeur « actif » aux yeux de la plateforme.
Cela ne dépend pas du prix unitaire d’un jeu ou d’une console. C’est le cumul sur l’année civile qui compte.
Être signalé ne veut pas dire être taxé
C’est le malentendu le plus fréquent, et il mérite d’être clarifié tout de suite. Être transmis n’est pas synonyme d’être taxé : le fisc reçoit la donnée, la croise avec la déclaration, et regarde si le contribuable devait quelque chose. Si vous ne deviez rien, il n’y a rien à payer. La distinction fiscale essentielle repose sur la nature de la vente : revendre ses propres consoles et jeux usagés à un prix inférieur à leur prix d’achat n’est en général pas un revenu imposable.
Il n’y a aucun revenu à déclarer dès lors que les produits vendus sur des plateformes comme Leboncoin sont des produits d’occasion qui n’ont pas été achetés dans le but de les revendre avec bénéfice. Concrètement, si vous revendez la PS5 que vous avez achetée 500 euros il y a trois ans et que vous la cédez 250 euros aujourd’hui, il n’y a pas de gain, donc pas d’impôt. En revanche, si vous achetez des consoles en édition limitée pour les revendre plus cher dès leur sortie, la logique change complètement. La fiscalité dépend alors de la nature de l’activité : revente de biens personnels, souvent non imposable, contre activité commerciale, imposable.
La charge de la preuve, elle, repose sur vos épaules.
Même si c’est souvent non imposable, la charge de la preuve appartient au vendeur en cas de question, d’où l’intérêt de conserver des éléments comme des factures, des historiques d’achat ou une cohérence des prix. Garder le ticket de caisse de sa console ou une capture de la fiche produit au moment de l’achat peut donc éviter bien des sueurs froides. C’est un réflexe simple, à prendre dès l’achat plutôt qu’au moment de la revente.
Le vrai risque, c’est la requalification en activité commerciale
Là où ça se corse, c’est pour les revendeurs réguliers, ceux qui flippent des consoles collector ou des jeux day-one pour arrondir leurs fins de mois. Le problème n’est pas de vendre sur Leboncoin, il commence quand les ventes racontent une activité commerciale alors qu’elles continuent d’être présentées comme un simple vide-placard. Si les ventes deviennent régulières, organisées ou clairement tournées vers le profit, elles peuvent relever d’un régime de type BIC. Un profil qui enchaîne les préventes de jeux AAA ou qui rachète des stocks de consoles pour les revendre plus cher coche presque toutes ces cases.
Le statut le plus courant pour régulariser cette situation reste la micro-entreprise. C’est le statut le plus adapté pour démarrer une activité d’achat-revente, avec un abattement de 71 % sur le chiffre d’affaires pour calculer l’impôt et un plafond de 188 700 euros de chiffre d’affaires annuel. Rien d’infamant là-dedans, juste une formalité administrative de plus pour ceux qui ont transformé leur passion en petit business parallèle.
Un dernier détail à connaître avant de faire le tri dans son étagère à jeux : les seuils DAC7 ne concernent que la vente de biens d’occasion et les activités de coconsommation. Pour les revenus issus d’activités de location ou de prestations de service, la déclaration se déclenche dès le premier euro, sans aucune franchise. Louer occasionnellement son casque VR ou sa manette pro à un ami contre rémunération n’obéit donc pas aux mêmes règles que la simple revente de sa console.
Sources : impots.dispofi.fr | wy-creations.com | socic.fr