Deux mastodontes du multijoueur trônent toujours sur la boutique Steam accessible depuis le Steam Deck et la future Steam Machine, boutons « Installer » et « Acheter » bien actifs. Mais une fois le téléchargement terminé, impossible d’aller plus loin que le logo qui tourne en boucle. La cause n’est ni un bug ni un oubli de Valve : c’est un mur technique posé volontairement par les éditeurs eux-mêmes, et il porte un nom, l’anti-triche à accès noyau.
- GTA Online et Apex Legends sont présents dans la boutique Steam Deck mais inévitablement bloqués au démarrage.
- L’anti-triche à accès noyau (BattlEye, Easy Anti-Cheat) conçu pour Windows s’avère incompatible avec le noyau Linux de SteamOS.
- Plus de la moitié des jeux avec anti-triche noyau ne fonctionnent pas sur Steam Deck, tandis que certains studios prouvent que la compatibilité est possible.
GTA Online, le cas d’école qui a fait tousser Linux
Rockstar Games a ajouté du BattlEye en mode noyau à GTA Online, presque une décennie après sa sortie. Rockstar Games seems to want to crack down on cheaters in GTA V, announcing that it has implemented BattleEye kernel anti-cheat for online play, ce qui rend GTA Online incompatible avec Linux ou le Steam Deck, limitant les joueurs sous Linux au seul mode solo. Le mode histoire, lui, continue de tourner sans accroc, preuve que le problème ne vient pas du matériel.
Le plus frustrant, c’est que la technique existe déjà ailleurs sans poser de souci. Des jeux comme DayZ, ARK: Survival Evolved, ArmA 3, Unturned ou Mount & Blade II: Bannerlord, qui utilisent aussi BattlEye, fonctionnent parfaitement sur Steam Deck et les autres systèmes Linux. Certains observateurs y voient un choix délibéré de l’éditeur, plus soucieux d’éviter les tickets de support liés à Linux que de bloquer réellement les tricheurs.
Apex Legends, la sortie sans bruit
EA a fait pire encore avec son battle royale phare. EA a retiré Apex Legends du Steam Deck l’an dernier, citant Linux comme une « voie pour divers exploits et triches ». Le jeu reste listé, son icône de compatibilité toujours visible dans certains cas, mais la partie ne démarre jamais.
Cette décision illustre un problème plus large que Valve traîne depuis les débuts du Deck en 2022. Selon Valve, presque tous les jeux Steam devraient fonctionner sur l’appareil, mais les fans ont vite remarqué des soucis avec des titres très populaires comme Destiny 2, Rainbow Six Siege ou Apex Legends. La raison tient au fait que ces jeux reposent tous sur des logiciels anti-triche comme BattlEye et Easy Anti-Cheat, dont la compatibilité avec Proton n’a jamais été confirmée pour ces titres précis.
Pourquoi le noyau Linux fait peur aux studios
Le nœud du problème est purement architectural. L’anti-triche n’est pas exclu partout sur SteamOS, mais sur certains des plus gros titres multijoueurs de la planète, il l’est bel et bien, parce que ces systèmes sont conçus pour accéder au noyau Windows, alors que SteamOS utilise le noyau Linux. Deux mondes différents, deux logiques de sécurité incompatibles.
Un responsable anti-triche chez Riot a résumé le fond du souci sans détour. Il expliquait qu’on peut librement manipuler le noyau Linux, sans aucun appel en mode utilisateur permettant d’attester qu’il est authentique. un système capable de bâtir une distribution Linux entièrement pensée pour la triche existe déjà, et personne n’a de parade fiable pour ça côté éditeurs.
Actuellement, plus de la moitié des jeux nécessitant un anti-triche ne tournent pas sur SteamOS. Ce chiffre à lui seul explique pourquoi le catalogue « vérifié » du Deck ressemble à un grand jeu solo, ponctué de quelques survivants multijoueurs qui ont fait l’effort de basculer vers des solutions user-space plutôt que noyau.
La Steam Machine, chance de rattrapage ou même mur ?
Valve mise beaucoup sur sa console de salon annoncée pour changer la donne. Valve a confirmé vouloir pousser davantage d’anti-triche sur la Steam Machine, mais le succès de la machine décidera si les studios travaillent vraiment à supporter l’appareil, sachant que la plupart des anti-triche à accès noyau ont besoin d’un accès permanent à la mémoire, ce qui n’est pas viable sur Linux vu sa nature ouverte. Le cercle vicieux reste donc intact tant que la base installée ne pèse pas assez lourd pour forcer la main des studios.
Certains signaux restent encourageants. Un studio comme Embark a par exemple maintenu la compatibilité Proton pour ses titres, et son extraction shooter ARC Raiders reste jouable sous Linux grâce à un Easy Anti-Cheat correctement configuré. Une preuve concrète que le problème n’est pas insoluble, seulement une question de priorité et de moyens investis par l’éditeur.
En attendant un hypothétique sursaut collectif des studios compétitifs, la meilleure ressource reste communautaire plutôt qu’officielle. Les sites ProtonDB et la page dédiée « Are We Anti-Cheat Yet » recensent au jeu près quels titres passent l’écran de chargement et lesquels s’y noient encore, une liste bien plus fiable que le simple badge de compatibilité affiché sur la fiche produit Steam.
Sources : generation-nt.com | phonandroid.com