Un chiffre suffit à comprendre le problème : certains téléviseurs dépassent 10–15 ms en mode jeu, mais dépassent 80 ms en mode cinéma standard. tant que ce fameux réglage HDMI reste éteint, chaque appui sur la gâchette met près d’un dixième de seconde à s’afficher à l’écran. Sur un FPS compétitif ou un jeu de baston où le timing se joue au frame près, ça change tout.
Le coupable s’appelle le mode Cinéma (ou Standard, ou Vivid selon les marques), et il n’a rien d’un réglage anodin planqué dans un sous-menu obscur. C’est littéralement le préréglage par défaut de la plupart des téléviseurs vendus depuis dix ans, celui qui privilégie une image léchée pour Netflix ou un Blu-ray au détriment de la réactivité.
À retenir
- Un mode Cinéma actif multiplie par 5 le retard d’entrée sur certains TV
- L’ALLM HDMI 2.1 bascule automatiquement en mode jeu — si vous l’activez
- Même en mode Jeu, des traitements cachés peuvent ajouter des millisecondes perdues
Pourquoi le mode Cinéma plombe la réactivité
Un téléviseur moderne ne se contente jamais d’afficher bêtement le signal qu’il reçoit. Il le triture, l’analyse, l’améliore, tout un tas d’opérations invisibles à l’œil nu mais très gourmandes en temps de calcul. Le traitement vidéo interne, l’affichage à l’écran du volume ou la conversion de résolution sont autant de facteurs aggravants. En mode Cinéma, ces traitements tournent à plein régime : réduction de bruit, interpolation de mouvement, amélioration des contours, tout ce qui rend un film plus agréable à regarder mais qui ajoute des millisecondes précieuses entre l’action de la manette et son affichage.
Le mode Jeu, lui, fait exactement l’inverse. Son activation a un effet radical sur l’input lag : il court-circuite la quasi-totalité des traitements d’image gourmands en délai comme la réduction de bruit, la compensation de mouvement ou l’amélioration des détails. La contrepartie, c’est une image un peu moins fignolée, surtout en dehors du HDR. Mais la réactivité grimpe en flèche, et c’est précisément ce qu’on cherche manette en main.
Un exemple concret vaut mieux qu’un long discours théorique. Sur un LG B8 OLED testé par un utilisateur via RTINGS, l’écart mesuré était sans appel : Non-Game Mode: 110 ms (bad), Game Mode: 22 ms (good), soit un input lag cinq fois plus élevé sans le réglage adéquat. De quoi transformer une session de jeu fluide en calvaire où chaque tir semble partir en retard.
ALLM, le réflexe automatique qui évite d’y penser
Depuis l’arrivée du HDMI 2.1, plus besoin de fouiller dans les menus à chaque changement d’activité. Le HDMI 2.1 a introduit l’ALLM (Auto Low Latency Mode), qui permet à la console ou au PC de signaler automatiquement à l’écran qu’un jeu est lancé, activant ainsi le mode jeu sans intervention manuelle. Concrètement, votre PS5, votre Xbox Series ou votre PC gamer envoie un signal au téléviseur dès qu’un jeu se lance, et le téléviseur bascule tout seul en mode faible latence.
Et l’inverse fonctionne aussi. Si vous arrêtez de jouer et voulez regarder un film sur Netflix par exemple, il repasse le téléviseur en mode cinéma (ou autre selon vos habitudes), réactivant par la même occasion quelques traitements pour améliorer votre expérience. Fini le ping-pong manuel entre menus, l’ALLM fait le sale boulot à votre place et personne n’a plus jamais à s’en soucier une fois activé.
Le hic, c’est que cette fonction reste optionnelle dans la norme HDMI 2.1. Si la fonction ALLM a été définie avec la norme HDMI 2.1, il reste possible que certains équipements dotés d’une connectique HDMI de norme antérieure puissent bénéficier de la fonction au travers d’une mise à jour du micrologiciel, mais rien ne garantit qu’elle soit activée par défaut sur votre configuration. D’où l’intérêt d’aller vérifier manuellement dans les paramètres HDMI de votre téléviseur et de votre console.
Ce que le mode Jeu ne règle pas (et comment aller plus loin)
Basculer en mode Jeu ne suffit pas toujours à obtenir la latence la plus basse possible. Certains constructeurs gardent des traitements actifs en douce. Même en mode jeu, certains traitements peuvent rester actifs : les téléviseurs Sony, par exemple, gardent le réglage Reality Creation activé, ce qui ajoute quelques millisecondes. Un détail qui passe inaperçu tant qu’on ne compare pas les chiffres, mais qui compte quand chaque milliseconde se ressent en ligne.
LG a poussé le concept encore plus loin avec un mode dédié aux joueurs exigeants. Le Game Optimizer menu de LG propose un réglage Boost : sans lui, les TV LG affichent en moyenne environ 12 ms d’input lag, contre environ 9 ms avec Boost activé. Ce n’est pas révolutionnaire sur le papier, mais dans le monde du gaming compétitif, ces trois millisecondes gagnées peuvent faire la différence entre un headshot et un raté.
D’autres réglages viennent parasiter la chaîne sans qu’on y pense forcément. Les traitements de mouvement portent des petits noms différents selon les marques, mais l’effet reste le même. Il faut s’assurer que sont désactivés : la réduction de bruit MPEG, le lissage de mouvement (TruMotion chez LG, Motionflow chez Sony, Auto Motion Plus chez Samsung), l’amélioration des contours et le mode économie d’énergie. Un ampli home cinéma mal réglé peut aussi ajouter sa dose de retard : l’AV receiver peut ajouter entre 0 et 30 ms selon ses réglages, souvent en cause quand un joueur passe son signal par une barre de son ou un ampli sans mode passthrough activé.
Le réflexe à adopter reste simple : ouvrir le menu image de sa télé, vérifier que le mode Jeu (ou l’ALLM) est bien coché, et couper manuellement les options de lissage de mouvement qui traînent encore. Sur les modèles OLED récents, cette combinaison permet d’atteindre des latences proches de 9 à 12 ms, rivalisant avec les écrans gaming dédiés, loin des 80 ms et plus qui plombent silencieusement des millions de setups encore réglés en mode Cinéma par défaut.
Sources : xboxygen.com | cosmo-games.com