2,1 millions de personnes connectées en simultané rien qu’en février dernier, ça ne fait pas parler autant qu’un lancement de console next-gen, mais c’est le genre de chiffre qui prouve qu’une plateforme née en 2011 refuse obstinément de mourir. Pendant que Kick multiplie les coups de com et que YouTube Gaming muscle son algorithme, Twitch continue d’aspirer l’essentiel du temps de cerveau disponible des amateurs de live. La concurrence gonfle, les parts de marché bougent, mais le trône n’a pas encore changé de propriétaire.
À retenir
- Un chiffre obscur d’Amazon suffit-il à calmer les prédateurs du livestreaming ?
- Comment Twitch a transformé son plus gros handicap en arme secrète
- Cette décision prise en mai 2026 a changé le destin de 21 millions de créateurs
Les chiffres qui pèsent encore lourd
Commençons par ce qui fâche la concurrence : Twitch reste, et de loin, le plus gros gâteau du secteur. La plateforme boasts 240 million monthly active users globally, with 35 million users logging in daily, et selon les relevés de Blog du Modérateur, 2 millions, c’est l’audience moyenne connectée à la plateforme à chaque instant en janvier 2026, un chiffre qui grimpe régulièrement au-dessus des 2,1 millions selon les mois. Pour remettre les choses en perspective, on est loin du délire du confinement où Twitch a atteint un pic de 6,5 millions de spectateurs simultanés en juin 2020, mais on reste sur des volumes qu’aucun concurrent n’approche vraiment.
Côté portefeuille, Amazon (propriétaire depuis 2014) n’a pas à rougir non plus. Twitch a généré 1,8 milliard de dollars de revenu en 2024, les abonnements représentant 58 % de ce total, la publicité 33 %, et les Bits et autres sources les 9 % restants. Et niveau créateurs, le marché ne s’assèche pas, bien au contraire : la plateforme a clôturé l’année 2025 avec 21 millions de streamers actifs dans le monde, soit neuf millions de nouveaux créateurs en un an, alors qu’en mars 2025 elle n’en recensait encore que 7,2 millions, loin du pic historique de 9,89 millions atteint en janvier 2021 pendant la pandémie. Un rebond qui tranche méchamment avec les Cassandre qui annonçaient la mort lente de la plateforme après les vagues de licenciements chez Amazon.
Kick et YouTube grignotent, sans faire tomber la couronne
La menace existe, personne ne va prétendre le contraire. Twitch détient 54 % du temps de visionnage en livestreaming, YouTube Gaming en capte 24 %, et Kick a bondi à 11 % après une croissance de 131 % sur un an en 2025, une redistribution qui aurait paru impensable trois ans plus tôt. Le principal argument de vente de Kick, lancé fin 2022 par les fondateurs du casino en ligne Stake.com et le streamer Trainwreckstv, tient en une phrase : un split d’abonnement de 95/5 présenté comme la caractéristique phare de la plateforme, qui se positionne comme « creator-first ». Face à ça, Twitch reste sur un partage classique de 50/50 (70/30 pour les Partner Plus), largement moins généreux sur le papier.
Mais l’argent seul ne fait pas une communauté. YouTube Gaming, lui, joue une autre carte : la découvrabilité. Son moteur de recommandation pousse activement les lives vers des viewers qui n’ont jamais suivi la chaîne, un système où si les spectateurs interagissent avec les Shorts ou les posts communautaires du créateur, l’algorithme pousse son live vers leur fil d’accueil, et le système LIFT permet de lier directement les Shorts à des lives actifs pour drainer de nouveaux viewers en temps réel. Un avantage structurel que le répertoire de Twitch, encore très dépendant du nombre de viewers déjà présents, ne compense pas facilement.
Ce qui a changé la donne pour tout le monde, c’est que Twitch a arrêté de jouer perso. La plateforme a abandonné son obligation d’exclusivité en 2023 : les Partners et Affiliates peuvent désormais streamer simultanément ailleurs. Résultat, la question n’est plus vraiment « Twitch ou Kick », mais « comment cumuler les deux sans se fatiguer ». Beaucoup de streamers diffusent aujourd’hui sur trois plateformes en même temps, chat splitté et audience mutualisée, une pratique qui aurait été bannie il y a quatre ans à peine.
La riposte de Twitch : monétisation ouverte et nouveaux formats
Amazon n’a pas attendu de perdre trop de terrain pour réagir. Le virage le plus marquant de l’année, c’est l’ouverture totale de la monétisation : le 13 mai 2026, Twitch a déclenché la plus grande réforme de sa politique de monétisation depuis la création de la plateforme, avec un accès aux abonnements, aux Bits, aux badges et aux émotes dès le premier live, sans exception. Fini le petit club fermé des Affiliates qui devaient prouver leur audience avant de toucher le moindre centime : désormais tout le monde démarre avec les outils en main, ce qui explique en grande partie l’afflux massif de nouveaux créateurs évoqué plus haut.
Côté technique, la plateforme modernise aussi son offre pour coller aux usages mobiles. Twitch déploie progressivement le streaming 2K (1440p) et le Dual Format, une fonctionnalité qui permet de diffuser simultanément en format paysage 16:9 et en format vertical pour les plateformes mobiles. Une réponse directe à TikTok et aux Shorts, sur un terrain où Twitch a longtemps traîné.
Sur le contenu, le glissement est net : on ne parle plus vraiment d’une plateforme de gaming pur. Just Chatting reste la catégorie la plus regardée, générant 1,49 milliard d’heures de visionnage en 2026, et les catégories non-gaming représentent désormais 32 % du temps de visionnage total. En clair, les gens viennent autant pour discuter, cuisiner ou juste papoter avec leur créateur préféré que pour regarder une partie de League of Legends. Et niveau records d’audience, Kai Cenat continue de tenir la baraque : il détient depuis septembre 2025 le record d’abonnés payants à une chaîne, avec 1 112 947 abonnés.
En France, la scène reste solide et ne se limite plus au petit cercle des historiques. Le pays compte 15,4 millions d’utilisateurs Twitch, se positionnant au quatrième rang mondial, derrière les États-Unis (93 millions), le Brésil (16,9 millions) et l’Allemagne (16,8 millions). Et l’événement qui résume le mieux la force de frappe de la communauté française, c’est le Z Event de ZeratoR : l’édition la plus récente a collecté plus de 10 millions d’euros, un record mondial pour un événement caritatif de streaming. Un chiffre qui rappelle qu’au-delà des batailles de parts de marché entre plateformes, c’est aussi une industrie qui sait mobiliser au-delà de son propre public de niche, avec des retombées bien réelles hors écran.
Sources : veldra.net | tech-insider.org