Le 16 décembre 1997, 685 enfants (310 garçons et 375 filles, selon l’agence japonaise de défense contre les incendies) ont été emmenés à l’hôpital après un épisode de Pokémon. Le coupable était une scène de flashs extrêmement rapides, rouges et bleus. Le Japon a baptisé l’affaire le « Pokémon Shock ».
Pikachu tenait la gâchette, pas Porygon.
- 685 enfants ont été transportés à l’hôpital après avoir regardé l’épisode 38 de Pokémon le 16 décembre 1997.
- Une scène de 6 secondes avec 12 flashs rouges et bleus par seconde a déclenché des crises d’épilepsie photosensible et de l’hystérie collective.
- Les flashs rapides ne doivent plus dépasser 3 clignotements par seconde au Japon depuis cette affaire.
Six secondes de strobo en prime time
L’épisode 38 de la saison 1, « Dennō Senshi Porygon », est diffusé une seule fois au Japon, le 16 décembre 1997. Environ 20 minutes après le début, Pikachu lance Tonnerre sur des missiles antivirus, ce qui fait clignoter l’écran en rouge et bleu à toute vitesse. Le rythme grimpe à 12 flashs par seconde pendant environ six secondes. L’effet s’appelle « paka paka » dans le jargon de l’animation japonaise, et c’est lui qui a déclenché les crises.
Plus de 1 300 enfants étaient absents des écoles élémentaires le lendemain. L’action Nintendo a cédé 3,2 % et l’épisode a été retiré.
700 hospitalisés, vraiment ?
Le chiffre qui circule mérite une correction. 685 personnes ont été transportées en ambulance, même si d’autres comptes parlent de plus de 700. Selon une enquête de l’agence japonaise de gestion des incendies et catastrophes, 208 d’entre elles ont ensuite été admises à l’hôpital, dont trois inconscientes. Deux personnes sont restées plus de deux semaines.
Environ 12 000 autres enfants ont signalé des symptômes plus légers.
Pour ces milliers de cas, l’explication médicale se complique. Le chercheur Benjamin Radford a défendu en 2001 que la majorité relevait de l’hystérie collective, et beaucoup d’enfants n’avaient pas vu l’épisode en direct. L’épilepsie photosensible reste rare : parmi le 1 % de la population touchée par l’épilepsie, seuls 3 % y sont sensibles.
Ce que le Pokémon Shock a changé, de la télé à vos écrans
Après l’incident, les diffuseurs japonais et les autorités médicales se sont réunis pour fixer des règles. Les images clignotantes, surtout celles qui contiennent du rouge, ne doivent pas scintiller plus de trois fois par seconde.
Pendant des années, un avertissement a ouvert les émissions japonaises, pour demander aux spectateurs de ne pas s’asseoir trop près de l’écran. Le studio a aussi supprimé les effets stroboscopiques de l’attaque Tonnerre de Pikachu. La série est revenue le 16 avril 1998, après quatre mois de pause.
Porygon n’est plus jamais apparu dans la série.
Reste la promesse du titre, le message qui s’affiche quand vous lancez un jeu. Je n’ai trouvé aucune source qui relie directement les écrans d’avertissement des jeux Pokémon à l’épisode de 1997, donc je ne vous vendrai pas cette légende telle quelle. Ce qui est documenté, c’est l’avertissement télé japonais né de l’affaire. Les mises en garde sur la photosensibilité dans les jeux relèvent de la même logique de précaution, mais l’héritage direct n’est pas prouvé. En pratique, le conseil de l’époque tient toujours : ne vous collez pas à l’écran, et faites une pause si les flashs vous gênent.
Le suivi médical a de quoi rassurer. Des chercheurs de Nagoya ont interrogé les médecins de 103 patients Pokémon de la préfecture d’Aichi et obtenu des réponses pour 91 d’entre eux. Vingt-cinq avaient fait au moins une autre convulsion en cinq ans, répartis presque à égalité entre les patients épileptiques et les autres.
Sources : slate.fr | fredzone.org