Cent millisecondes. C’est le temps qu’il faut à un signal wifi pour faire un aller-retour transatlantique, et c’est aussi le délai que peut ajouter un simple réglage d’image resté activé sur ton téléviseur depuis le déballage. Le coupable s’appelle motion smoothing, interpolation de mouvement, ou encore « effet soap opera » selon les puristes du cinéma. Chez Sony ça s’appelle Motionflow, chez LG TruMotion, chez Samsung Auto Motion Plus. Trois noms différents pour la même fonction, et le même problème : elle est activée par défaut sur la quasi-totalité des téléviseurs vendus en magasin.
À retenir
- Un réglage invisible ajoute jusqu’à 100 ms de latence à ton téléviseur depuis son achat
- Chaque marque l’appelle différemment (Motionflow, TruMotion, Auto Motion Plus) pour mieux le dissimuler
- Activer le mode jeu réduit le délai d’un facteur 4 à 5, mais ce n’est pas toujours suffisant
Le réglage qui trahit tes réflexes sans prévenir
Le principe technique est simple à comprendre, même si son impact est sournois. La télé calcule des images intermédiaires entre deux frames réelles pour lisser les mouvements, ce qui donne cette sensation un peu artificielle de « vidéo de reportage » sur un film pourtant tourné en 24 images par seconde. Le souci, c’est que ce calcul prend du temps, et ce temps se traduit directement en délai entre ton appui sur la gâchette et l’affichage du coup de feu à l’écran. La solution la plus simple consiste à activer le mode jeu du téléviseur, un réglage dédié qui supprime la quasi-totalité du post-traitement, y compris le lissage de mouvement, la réduction de bruit et le contraste dynamique, pour délivrer le signal vidéo le plus vite possible.
Les chiffres donnent le vertige quand on les met côte à côte. Une télé en mode jeu peut afficher un input lag d’environ 10 à 15 ms, alors que la même télé hors mode jeu, avec le lissage de mouvement poussé à fond, peut grimper à 60, voire 120 ms ou plus. Sur le papier, ça paraît anecdotique. En pratique, dans un jeu de tir compétitif ou un jeu de combat où le timing se joue à la frame près, cet écart peut littéralement décider qui dégaine le premier. Sur certains écrans, le mode jeu réduit le délai d’un facteur quatre ou cinq en court-circuitant le traitement d’image lourd.
Pourquoi ce piège reste invisible pour la majorité des joueurs
La plupart des fabricants livrent leurs téléviseurs avec le lissage de mouvement activé par défaut, et chaque marque lui donne un nom différent, ce qui complique encore la recherche du réglage. Résultat : des millions de joueurs papotent sur les forums pour comprendre pourquoi leurs réflexes semblent « en retard » sans jamais soupçonner ce menu planqué trois sous-catégories plus loin. Sur les forums français, certains utilisateurs témoignent avoir mesuré des écarts spectaculaires : un joueur rapporte être passé de 61 ms d’input lag mode jeu désactivé à 14 ms une fois le mode activé sur sa télévision 4K. C’est exactement la démonstration du problème : le réglage par défaut coûte cher, et personne ne le sait tant qu’on ne compare pas les deux configurations.
Le hic, c’est que même le mode jeu n’est pas toujours une solution miracle à 100%. Même en mode jeu, certains traitements restent actifs : les téléviseurs Sony, par exemple, conservent le réglage « Reality Creation » activé, qui ajoute quelques millisecondes supplémentaires. Un témoignage sur un forum français va dans le même sens, avec un utilisateur qui a découvert que ce réglage de « création de réalité » restait actif alors que le mode jeu est censé désactiver tout traitement d’image concernant l’input lag, et qui a fini par comprendre que ce paramètre rajoutait de l’input lag après l’avoir laissé activé plusieurs mois sans le savoir. activer le mode jeu ne suffit pas toujours : il faut parfois fouiller encore plus loin dans les sous-menus pour traquer le dernier post-traitement oublié.
ALLM, le patch automatique qui règle (presque) tout
Depuis l’arrivée du HDMI 2.1, une fonction change la donne : l’Auto Low Latency Mode. Le HDMI 2.1 a introduit l’ALLM, qui permet à la console ou au PC de signaler automatiquement à l’écran qu’un jeu est lancé, activant ainsi le mode jeu sans intervention manuelle. Concrètement, ta PS5 ou ta Xbox Series bascule la télé en mode faible latence dès qu’elle détecte un jeu, puis remet les réglages cinéma habituels dès que tu retournes sur Netflix. Sur les entrées HDMI 2.1, le mode jeu devrait donc se déclencher automatiquement via l’ALLM dès qu’un appareil compatible est branché, alors qu’en HDMI 2.0 il faut généralement sélectionner l’option manuellement dans les réglages de l’entrée.
Le piège, c’est que l’ALLM doit souvent être activé manuellement une première fois dans les paramètres HDMI de la télé avant de fonctionner en autopilote, un détail que beaucoup de nouveaux propriétaires zappent complètement en configurant leur téléviseur à la va-vite. Autre nuance à connaître : ce mode faible latence n’est pertinent que pour les sources interactives. Il vaut mieux laisser le mode jeu désactivé pour des appareils comme les lecteurs Blu-ray ou les boîtiers de streaming, car même si leur interface peut sembler lente, ils ne sont pas conçus pour tirer parti de ce mode et le gain reste négligeable.
Un dernier chiffre à retenir avant de foncer dans les menus : la chaîne complète de latence ne s’arrête pas à l’écran. Les barres de son et systèmes audio connectés en ARC/eARC introduisent parfois un délai supplémentaire, notamment pour décoder les flux Dolby Atmos ou DTS:X, avec un surcoût pouvant aller de 50 à 150 ms pour les formats complexes. Si ta partie de compétitif traîne encore après avoir activé le mode jeu, c’est peut-être ta barre de son, pas ta télé, qu’il faut passer en mode passthrough pour couper court à ce délai caché.
Sources : xboxygen.com | sony.fr