Oui, c’est vrai, et non, ce n’est pas une théorie du complot de forum. Depuis le lancement de la PS5, la console stocke en permanence, en local, les cinq dernières minutes de chaque chat vocal en party. N’importe quel joueur présent dans la conversation peut en extraire un extrait et l’envoyer à Sony sans que vous ne soyez prévenu ni consulté. Pas de pop-up, pas de notification, rien. Le mécanisme existe depuis 2020 et personne ne l’a désactivé depuis.
À retenir
- Un buffer audio des 5 dernières minutes tourne en boucle sur votre console
- Vos voisins de party peuvent envoyer des extraits à Sony sans vous prévenir
- Sony refuse catégoriquement tout bouton pour désactiver cette surveillance
Un tampon audio permanent, activé par défaut
Le principe ressemble à celui du Share Factory, l’outil qui garde en mémoire les dernières minutes de gameplay pour créer des clips vidéo. Sony l’a confirmé noir sur blanc à l’époque : cette fonction de signalement met en cache localement un enregistrement des cinq dernières minutes de l’audio du chat de groupe, à l’image de la façon dont la fonction de partage met en cache les quinze dernières minutes de jeu pour l’enregistrement de vidéos. chaque console impliquée dans une party garde un buffer glissant de sa propre conversation, en boucle.
Ce tampon ne sert qu’à une chose : permettre à un joueur qui s’estime victime de harcèlement de constituer une preuve. Le format est précis. Les rapports de harcèlement peuvent contenir jusqu’à 20 secondes de conversation entre joueurs, avec 20 secondes supplémentaires encadrant l’infraction principale, soit 10 secondes avant et 10 secondes après le moment litigieux, pour un total de 40 secondes maximum. Sony a aussi verrouillé la fenêtre temporelle disponible : seules les cinq dernières minutes d’un chat vocal seront disponibles pour un joueur qui souhaite utiliser cette fonction de signalement. Passé ce délai, l’audio est écrasé automatiquement, sauf s’il a déjà été soumis dans un rapport.
Une fois le signalement envoyé, l’extrait ne reste pas dans un coin obscur des serveurs. Les rapports peuvent être soumis directement via la console PS5 et sont envoyés à l’équipe Consumer Experience pour modération, qui écoute ensuite l’enregistrement et prend des mesures si nécessaire. Concrètement, un modérateur humain chez Sony écoute le clip et décide de la sanction, qui peut aller de l’avertissement au bannissement de compte.
Le fiasco de communication qui a tout déclenché
L’histoire aurait pu passer inaperçue si Sony n’avait pas géré l’annonce avec les pieds. En octobre 2020, à quelques semaines du lancement de la PS5, une mise à jour du firmware 8.00 sur PS4 a fait apparaître une popup d’avertissement sur les consoles de l’ancienne génération, expliquant que les conversations vocales pouvaient être enregistrées. Sur le moment, personne ne comprenait pourquoi une console qui n’existait pas encore imposait ce genre de message à des joueurs PS4.
La panique a été immédiate sur les réseaux, certains joueurs annonçant purement et simplement renoncer à l’achat de la console. Sony a dû sortir un communiqué en urgence pour éteindre l’incendie. Catherine Jensen, à la tête du service Consumer Experience chez PlayStation, a publié une clarification sur le blog officiel où elle reconnaissait le raté : nous n’avons pas clairement communiqué sur cette fonctionnalité ni expliqué pourquoi nous l’introduisions, et nous nous en excusons. Elle a aussi tenu à rassurer sur l’usage réel de l’outil : cette fonction ne surveillera jamais activement vos conversations, elle est strictement réservée au signalement d’abus ou de harcèlement en ligne.
Le compte PlayStation UK avait déjà tenté de calmer le jeu quelques jours plus tôt sur Twitter, en précisant sobrement : la notification vous avertit que d’autres utilisateurs peuvent enregistrer votre conversation vocale, nous n’enregistrons pas les chats de groupe nous-mêmes. Une nuance qui compte : Sony ne surveille pas passivement toutes les conversations, ce sont bien les autres joueurs de la party qui détiennent la capacité technique de déclencher l’envoi.
Zéro bouton pour désactiver, et ça n’a pas changé
Le détail qui a le plus fait grincer des dents reste l’absence totale d’opt-out. Sony l’a assumé dès le départ, sans détour : il n’y aura pas d’option pour désactiver cette fonction d’enregistrement du chat vocal, car nous voulons que tous les utilisateurs se sentent en sécurité en jouant en ligne, pas seulement ceux qui choisissent de l’activer. La logique de Sony tient debout sur le papier : si on laisse chacun couper l’enregistrement, les harceleurs seraient les premiers à le faire, et l’outil de protection perdrait tout son sens.
Reste que le résultat pratique est le même six ans plus tard : chaque joueur qui rejoint un party vocal sur PS5 accepte implicitement, sans case à cocher, que ses propos des cinq dernières minutes puissent finir dans les mains d’un modérateur Sony si quelqu’un d’autre dans la conversation appuie sur le bon bouton. Et comme les parties mixtes PS4/PS5 existent toujours, un joueur sur ancienne console peut lui aussi voir ses propos enregistrés par un participant équipé d’une PS5, sans disposer lui-même de cette capacité en retour. Un déséquilibre technique qui n’a jamais été corrigé, et qui vaut la peine d’être gardé en tête la prochaine fois qu’un pote un peu trop remonté hurle des horreurs pendant une partie de Warzone ou d’Apex.
Sources : beacinema.com | kulturegeek.fr