C’est un scénario que beaucoup de joueurs sur PS5, Xbox Series X ou PC connectés en 4K/120 Hz ont fini par repérer sans comprendre pourquoi : dès que le framerate chute sous la barre des 120 images par seconde avec le VRR activé, l’écran se met à papilloter dans les zones sombres. Pas un bug isolé, pas un défaut de fabrication sur votre exemplaire : c’est un comportement documenté depuis 2020 sur les dalles OLED de LG Display, lié à la façon dont la courbe gamma est calculée par défaut.
Le phénomène porte un nom dans la communauté technique : le VRR flicker, ou scintillement près du noir. Il touche les téléviseurs OLED LG (et par extension une partie des moniteurs qui embarquent les mêmes dalles) dès que le taux de rafraîchissement variable entre en jeu pour compenser un framerate instable.
À retenir
- Un scintillement OLED dans le noir qui persiste depuis cinq ans malgré les correctifs
- La cause : une courbe gamma figée à 120 Hz qui se désynchronise quand le VRR compense les chutes de framerate
- Les solutions réelles existent, mais elles demandent des compromis à l’utilisateur
Pourquoi l’image clignote précisément dans le noir
L’explication technique vient directement de l’OLED Association, citée dans plusieurs analyses du problème. Le gamma pour l’OLED est optimisé et fixé pour 120 Hz en établissant un temps de charge fixe pour les sous-pixels OLED, or le VRR est utilisé lorsque la fréquence d’images est inférieure à 120 Hz, ce qui rend la courbe gamma incohérente avec la fréquence d’images. Concrètement, une fréquence de 40 Hz correspond à une image plus longue qu’à 120 Hz, ce qui entraîne des sous-pixels surchargés et provoque un scintillement des images gris foncé, plus visible sur les teintes sombres que sur les teintes claires parce que l’œil humain est plus sensible aux bas niveaux de gris.
: le panneau OLED calcule son temps de charge électrique pour un rythme précis (120 images/seconde). Dès que le jeu tourne plus lentement, chaque image reste affichée plus longtemps que prévu, et les sous-pixels reçoivent trop de charge. Sur un ciel bleu ou une explosion, l’œil ne voit rien. Sur un couloir sombre dans un survival-horror ou un menu noir qui charge, l’effet saute immédiatement aux yeux.
Certains testeurs et forums spécialisés ont même précisé que le déclencheur n’est pas tant le framerate bas en continu que ses variations brutales. Le scintillement VRR sur OLED vient de l’effet « yo-yo » du framerate, ces divisions ou multiplications soudaines du taux d’images, comme lors de l’ouverture d’un menu ou d’un chargement. C’est pour ça que le souci apparaît souvent pile au moment où l’on s’y attend le moins : un écran de chargement, l’apparition d’un menu pause, une cinématique qui streame des textures.
Un correctif partiel qui traîne depuis cinq ans
LG n’a jamais nié le problème. En 2021, la marque a réagi en déployant une mise à jour firmware pour les gammes concernées. Ce correctif était disponible uniquement pour les séries BX, CX, GX et ZX, les modèles OLED de 2020, avec un déploiement progressif selon les régions. Le hic, c’est que ce patch n’a jamais réellement corrigé le mécanisme en cause. LG n’a pas réellement corrigé ce bug lié au VRR, mais a proposé une nouvelle fonction nommée « Fine Tune Dark Areas », permettant de régler manuellement les niveaux de noir en mode VRR. Un pansement plutôt qu’un vrai traitement, donc, laissé à la charge de l’utilisateur qui doit lui-même aller trifouiller les curseurs pour atténuer l’effet.
Le plus frappant, c’est que le diagnostic technique posé par les experts n’a jamais vraiment évolué depuis. Il semble peu probable que LG parvienne un jour à résoudre totalement ce problème à cause de la manière dont les courbes gamma se comportent quand le VRR est activé, et la seule vraie solution évoquée consisterait à établir plusieurs courbes gamma optimisées selon la fréquence, un chantier que LG Display n’a jamais mené à terme sur le grand public. Résultat : cinq ans après les premiers signalements sur les LG CX et C9, des utilisateurs continuent de rapporter le même souci en 2024 et au-delà sur des modèles bien plus récents, preuve que le correctif logiciel n’a fait que masquer partiellement un choix d’ingénierie structurel.
Ce qu’on peut réellement faire en pratique
Pas de miracle côté matériel, mais quelques ajustements limitent la casse. Couper purement et simplement le VRR reste la solution la plus radicale et la plus efficace, au prix d’un peu de tearing ou de stutter sur les jeux non plafonnés. Une autre option, plus subtile, consiste à capper son framerate à une valeur stable plutôt que de laisser le jeu fluctuer entre 40 et 120 images par seconde : les fluctuations de framerate sont le vrai déclencheur, et plafonner ses FPS à sa moyenne stable élimine généralement le problème. Sur consoles, désactiver certaines fonctionnalités d’optimisation dynamique comme le Radeon Chill équivalent aide aussi, un joueur ayant constaté que ce type de fonction rendait le scintillement « absolument affreux » avant de le désactiver.
Sur les téléviseurs plus récents, direction le menu Game Optimizer puis les réglages VRR, où l’option « Fine Tune Dark Areas » (parfois listée sous un intitulé proche selon les millésimes de webOS) permet de remonter légèrement le niveau de noir jusqu’à ce que le scintillement devienne imperceptible, quitte à sacrifier un peu de profondeur des noirs.
Un détail que peu de monde relève : le problème ne se limite pas aux téléviseurs. Les mêmes dalles LG Display équipant des moniteurs gaming 240 Hz ou plus récents à 480 Hz affichent le même comportement, simplement atténué par une plage VRR beaucoup plus large qui réduit statistiquement les chutes vers les fréquences critiques. Ce qui laisse penser qu’au-delà d’un certain seuil de rafraîchissement natif, autour de 1000 Hz selon certains observateurs de la communauté Blur Busters, le VRR pourrait tout simplement devenir obsolète, l’écran étant capable de suivre chaque variation d’image sans jamais avoir besoin d’étirer artificiellement sa durée d’affichage.
Sources : forums.blurbusters.com | forums.overclockers.co.uk