800 euros de jeux et aucun testament : ce que devient une bibliothèque Steam quand son propriétaire s’éteint

Un joueur écrit un jour au support Steam pour lui poser une question toute simple : peut-il léguer son compte, avec ses centaines de jeux accumulés en vingt ans de soldes, à un proche via son testament ? La réponse tombe, sèche et sans appel : « Malheureusement, les comptes et jeux Steam ne sont pas transférables », répond la plateforme. « Le Support Steam ne peut pas fournir l’accès au compte à quelqu’un d’autre, ni fusionner son contenu avec un autre compte. : ta bibliothèque à 800 balles part avec toi, et personne d’autre ne pourra la récupérer légalement, même en agitant un acte notarié sous le nez de Valve.

L’histoire, remontée par un utilisateur du forum ResetEra sous le pseudo delete12345, a fait pas mal de bruit dans la sphère gaming. « J’ai une question rapide qui me trotte dans la tête », écrit l’internaute, avant de préciser qu’il n’a « pas l’intention de mourir bientôt », mais qu’il aimerait savoir ce qu’il advient de son compte le jour venu. Steam lui répond noir sur blanc, et cette réponse vaut pour n’importe quel joueur, français ou pas, avec une PS Store, un compte Xbox ou une bibliothèque GOG.

À retenir

  • Valve ferme la porte : vos 800 euros de jeux ne sont jamais vraiment à vous
  • Le droit français reste silencieux sur un problème que 132 millions de joueurs vont se poser
  • Trois solutions existent, mais une seule est véritablement légale

Un jeu, ce n’est jamais vraiment à toi

Tout tourne autour d’un mot que personne ne lit jamais en cochant la case « j’accepte » : licence. Quand tu achètes un jeu sur Steam, tu ne deviens pas propriétaire d’un objet, tu payes le droit d’y accéder tant que ton compte existe. quand vous « achetez un jeu » sur Steam, ce que vous avez payé est en réalité un accord d’accès à un bien numérique. C’est une « subscription » au sens purement légal, même si c’est un paiement unique, et l’engagement de Steam consiste à vous donner accès à ces fichiers numériques, pas à vous en transférer la propriété. Concrètement, ton compte est intransférable à une autre personne. Jamais. Point final. Vendre son compte est expressément interdit.

Ce n’est pas une lubie de Valve, c’est la norme du secteur. le contrat d’abonnement de Steam précise clairement que « les Contenus et Services sont concédés sous licence, pas vendus » et que votre « licence ne confère aucun titre ni droit de propriété sur les Contenus et Services ». Et si tu penses échapper à ça en allant voir ailleurs, mauvaise pioche : l’Epic Games Store fonctionne exactement pareil, avec une licence « non-exclusive, non-transférable, non sous-licenciée, non-commerciale et personnelle », Ubisoft accorde une « licence non-exclusive, non-transférable, non sous-licenciée, non-commerciale et personnelle », et GOG précise que « votre compte GOG et le contenu GOG vous sont personnels et ne peuvent être partagés, vendus, offerts ou transférés à quiconque ». Autant dire que toute ta ludothèque dématérialisée, celle que tu montres fièrement en capture d’écran sur Discord, n’a en réalité aucune existence patrimoniale au sens classique du terme.

Que dit vraiment la loi française là-dessus

Le droit français n’a pas totalement ignoré le sujet, mais il reste à des années-lumière de la réalité des joueurs. La loi pour une République numérique de 2016 a posé une première pierre en instaurant le droit de définir des directives relatives à la conservation, à l’effacement et à la communication de leurs données à caractère personnel après leur décès. Problème : ce texte vise avant tout les données personnelles (photos, mails, publications), pas les licences de jeux vidéo commerciales encadrées par un contrat privé signé avec une entreprise américaine.

Le RGPD n’aide pas davantage puisqu’il exclut explicitement les personnes décédées de son champ d’application, renvoyant la patate chaude aux législations nationales, elles-mêmes largement muettes sur le cas précis d’une bibliothèque Steam. Résultat : c’est le contrat signé avec Valve qui prime, pas le Code civil. Un testament peut désigner qui hérite de ta maison ou de ta collection de vinyles, mais il n’a aucune force contraignante face à un accord de licence qui stipule que le compte est strictement personnel. Vous ne pouvez donc pas vendre ou faire payer à d’autres le droit d’utiliser votre Compte, ni le transférer de toute autre manière.

Les vraies options qui restent aux proches

Sur le papier, la messe est dite. Dans la pratique, plusieurs pistes existent, plus ou moins officielles. La première, la plus simple mais la moins légale, consiste à transmettre ses identifiants avant de partir : rien n’empêche techniquement de simplement écrire ses identifiants pour quelqu’un et de les laisser dans un endroit sûr, Valve ne va pas vérifier votre identité. Une combine bricolée, un peu comme laisser le code de son téléphone à un proche, mais qui viole techniquement les conditions d’utilisation.

La deuxième option, plus propre, s’appelle Steam Families. Cette fonctionnalité, déployée par Valve pour remplacer l’ancien partage familial, permet de donner accès à une partie de sa bibliothèque à des proches de son vivant : le système de partage familial permet à quelqu’un d’aller rapidement le partager sur son propre compte et récupérer la plupart des jeux. Ça ne règle pas la question de l’héritage à proprement parler, mais ça évite qu’un backlog de 800 euros de jeux tombe aux oubliettes le jour J, à condition d’y avoir pensé avant.

Enfin, une exécution testamentaire classique garde son utilité pour tout ce qui gravite autour du compte : accès au mail associé, aux moyens de paiement, aux clés de récupération. Ce sont ces éléments-là, plus que le compte Steam lui-même, qui permettent concrètement à un proche de continuer à utiliser la bibliothèque sans jamais officiellement en « hériter ». Une nuance qui compte, avec plus de 132 millions d’utilisateurs actifs mensuels sur la plateforme : autant de bibliothèques qui, un jour ou l’autre, poseront exactement la même question à laquelle Valve a déjà répondu, et continuera sans doute à répondre de la même façon tant qu’aucune loi ne viendra bousculer le modèle de la licence à vie.