Une chute de plus de 100 images par seconde en une fraction de seconde, juste parce qu’une baie vitrée explose à l’écran : voilà ce qui arrive à pas mal de possesseurs de RTX 50 qui relancent Mirror’s Edge en 2026. Le jeu culte de DICE, sorti en 2008, tourne à des centaines de FPS en temps normal sur une machine récente. Puis un carreau se brise, et le compteur s’effondre littéralement sous les yeux du joueur.
Le phénomène n’a rien d’un bug isolé ni d’une mauvaise installation. C’est une conséquence directe d’un choix technique de Nvidia : l’abandon du support du PhysX 32 bits sur les cartes de la série RTX 50.
- Mirror’s Edge chute de 500-600 FPS à 30 FPS lors d’un bris de vitre sur RTX 50 faute du PhysX 32 bits.
- Nvidia a retiré le support matériel du PhysX 32 bits sur les RTX 50, forçant les calculs physiques sur le CPU.
- Une GTX 980 Ti de 2015 obtient 150 FPS là où une RTX 5080 tombe à moins de 10 FPS dans certaines scènes.
PhysX, la techno qui donnait vie aux vitres brisées
Mirror’s Edge a été l’une des vitrines historiques du PhysX de Nvidia, cette technologie de simulation physique accélérée par GPU. Une présentation technique de DICE et Nvidia lors de la GDC 2009 détaillait déjà comment le jeu se voulait figé au départ, et PhysX devait lui apporter vie et immersion. Le résultat se voyait dans les fameuses scènes de verre pulvérisé, les tissus déchirés par le vent ou les débris qui volaient sous les balles.
Sur PC, cette débauche d’effets reposait sur une bibliothèque 32 bits vieille de plus de quinze ans. Un utilisateur résume bien ce qui disparaît quand la fonction est coupée : l’accélération matérielle contrôle la simulation de tissu dynamique sur les bannières, les bâches semi-transparentes, les particules de verre et de béton cassé, et les impacts de balles. Sans elle, le monde du jeu perd une bonne partie de sa texture visuelle.
Le problème remonte en réalité bien avant l’arrivée des RTX 50. Dès la sortie du jeu, les joueurs équipés de cartes AMD ou de configurations mal réglées connaissaient déjà des chutes de performances, comme en témoignait un joueur sur les forums Overclock.net qui expliquait que le jeu tournait bien maxé, mais que casser du verre ou se faire tirer dessus faisait chuter le framerate autour de 15 FPS.
Pourquoi les RTX 50 aggravent tout
Nvidia a confirmé avoir mis fin au support du PhysX 32 bits, retirant discrètement ce vieux kit de développement, au grand dam des fans qui jouent encore aux titres qui en dépendent. La liste des victimes est longue : la trilogie Batman Arkham, Borderlands: The Pre-Sequel, Borderlands 2, la série Metro, Mirror’s Edge, The Witcher 3, et certains anciens Assassin’s Creed.
Sans ce support matériel, le calcul de la physique bascule sur le processeur. Et un CPU moderne, aussi puissant soit-il, gère très mal ce vieux code optimisé pour du GPU des années 2010. Un testeur équipé d’un Ryzen 9800X3D et d’une RTX 5080 a documenté la chute noir sur blanc : jusqu’au moment où des tirs déclenchaient un bris de vitre, le jeu tournait entre 500 et 600 FPS, puis chutait dans les 30 FPS en traversant les débris.
Sur une configuration encore plus musclée, associant le même processeur à une RTX 5090, le constat est similaire. Avec PhysX activé et calculé sur le CPU, les images tombent dans les 50-60 FPS, ce qui reste jouable, contre plus de 300 FPS avec PhysX désactivé. L’écart devient carrément absurde dans certaines scènes précises.
Un test mené par le créateur de contenu VerbalSilence illustre l’ampleur du fiasco. Dans certaines scènes, la RTX 5080 tombe à moins de 10 FPS quand une GTX 980 Ti, sortie en 2015, tourne confortablement à près de 150 FPS. Une carte dix ans plus jeune écrase littéralement le porte-étendard actuel de Nvidia, uniquement parce qu’elle bénéficie encore de l’accélération matérielle native.
Borderlands 2 souffre du même mal. La GTX 980 Ti y devance la RTX 5080 de près de deux fois, avec un i5-4690K en face d’un Ryzen 7 9800X3D côté RTX 5080. un processeur de 2014 associé à une carte graphique de 2015 fait mieux qu’un setup 2026 dernier cri.
Une solution existe, mais elle est bricolée
Face à la grogne de la communauté, Nvidia a fini par réagir. Un nouveau pilote a été déployé pour restaurer le support du PhysX pour les cartes RTX 50 sur des jeux parmi les plus joués, comme Borderlands 2, Mirror’s Edge et Batman: Arkham City. Nvidia justifiait ce revirement en expliquant avoir ajouté un support personnalisé permettant une performance complète sur les GPU RTX série 50, en ligne avec le support PhysX existant sur les générations précédentes.
Ce correctif ne couvre toutefois qu’une poignée de titres jugés prioritaires. Pour tous les autres jeux PhysX 32 bits qui ne figurent pas sur cette liste, la seule parade reste artisanale : ajouter une vieille carte Nvidia dédiée au calcul physique en complément de la RTX 50 principale. Un joueur du forum Steam décrit sa propre bidouille, en précisant qu’ajouter une carte de génération 4000 ou antérieure aux côtés d’une carte série 5000 permet de faire fonctionner PhysX à nouveau.
En attendant une prise en charge plus large, la méthode la plus simple reste de désactiver purement et simplement l’option PhysX dans les paramètres vidéo du jeu. On perd les tissus qui ondulent et les éclats de verre spectaculaires, mais on retrouve un framerate stable. Un compromis frustrant pour un jeu qui a justement fait sa réputation sur ce genre de détails, quand on sait que la scène de la sculpture de verre brisée avait nécessité cinq semaines de développement, du début jusqu’à zéro bug pour l’équipe de DICE à l’époque.
Sources : forums.anandtech.com | nvidia.com