La Switch 2 a des cartouches vendues en boîte au prix fort : elles ne contiennent pas une seule ligne du jeu

Une cartouche vendue en boîte, avec un boîtier plastique, un packaging léché… et rien dedans. C’est la réalité des Game-Key Cards, ce nouveau format physique débarqué avec la Switch 2 : la cartouche que vous glissez dans la console ne contient pas une seule ligne de code du jeu. Elle est différente des cartes de jeu classiques car elle ne contient pas les données complètes du jeu, celui-ci n’étant pas inclus sur la carte. vous payez le prix fort pour une clé, pas pour un jeu.

À retenir

  • Des boîtes physiques au prix fort qui ne renferment qu’une clé numérique vide
  • Les serveurs de téléchargement : une dépendance éternelle qui pourrait disparaître
  • Un traitement à deux vitesses : Nintendo garde ses jeux complets, les éditeurs tiers utilisent les cartes vides

Comment fonctionne une cartouche qui ne contient… rien

Le principe est simple sur le papier, plus troublant dans les faits. La game-key card sert de « clé » pour télécharger le jeu complet sur la console via Internet, et une fois téléchargé, on peut lancer le jeu en insérant la cartouche comme n’importe quel jeu physique classique. Concrètement, à la première insertion, la console réclame une connexion internet et de l’espace de stockage disponible, en mémoire interne ou sur une carte microSD Express. Il faut avoir assez d’espace libre dans la mémoire système de la console ou sur la carte microSD Express, la quantité requise étant indiquée sur l’emballage du produit.

Une fois le téléchargement terminé, la bonne nouvelle, c’est que la connexion permanente n’est plus nécessaire. Une connexion internet n’est requise que lors du premier lancement du jeu ; après ça, le jeu peut être démarré même sans connexion internet. Mais la cartouche reste indispensable à chaque partie : pas de carte insérée, pas de jeu qui se lance, même si les données sont bien installées sur la console. La cartouche clé est vide et ne stocke aucune donnée, le jeu s’installant sur la console ou sur une carte microSD Express, mais il faut toujours insérer la cartouche pour jouer. C’est un peu comme acheter une télécommande sans télévision : l’objet physique existe, mais il ne sert qu’à débloquer autre chose.

Sur le catalogue de lancement et post-lancement, plusieurs grosses licences ont opté pour ce format. Plusieurs jeux de lancement sont concernés, notamment Bravely Default: Flying Fairy HD Remaster, Street Fighter 6, Shine Post: Be Your Idol, Nobunaga’s Ambition, Survival Kids ou encore Elden Ring: Tarnished Edition. Un détail rassure quand même les joueurs les plus attachés au physique : contrairement à un simple code de téléchargement dans une boîte vide, le format garde l’avantage très apprécié qui permet de prêter ou de revendre un jeu acheté en édition physique, puisque la clé d’activation n’est liée ni au compte, ni à la console.

Pourquoi Nintendo et les éditeurs font ce choix (et pas les fans)

Nintendo ne s’étale pas sur les raisons économiques précises, mais le mécanisme est assez limpide une fois qu’on gratte un peu. En séparant la cartouche et les données du jeu, les éditeurs vendent des boîtes physiques sans avoir à embarquer l’intégralité du contenu, ce qui allège plusieurs phases industrielles. Pour comprendre l’enjeu, il faut regarder le coût des puces mémoire. Il n’existerait que deux types de cartouches proposées aux éditeurs : une cartouche de 64 Go, qui représente un certain coût, et une cartouche de type game-key card. Graver 64 Go, voire plus pour les jeux les plus lourds comme un certain FromSoftware, ça coûte cher à l’unité. Une game-key card quasi vide, en revanche, ne nécessite qu’un tout petit composant capable de stocker un simple identifiant.

Le résultat, c’est que les éditeurs tiers dégainent ce format en masse, alors que Nintendo garde ses gros calibres sur cartouche pleine. Tous les titres first-party de Nintendo, comme le nouveau Donkey Kong, sortent bien sur cartouche physique complète, tandis que beaucoup d’éditeurs tiers utilisent les Game Key Cards. Un traitement à deux vitesses qui n’a pas manqué de faire tiquer la communauté, surtout que rien ne l’indique clairement en devanture : pour différencier les deux types de cartouches, il faut regarder attentivement les boîtes, la mention étant indiquée en bas, à côté du logo PEGI.

Le vrai problème arrive quand on pense long terme. Ces cartouches dépendent d’une infrastructure de téléchargement qui doit rester active des années après la sortie du jeu. Malgré l’achat, l’accès aux données dépend d’une infrastructure en ligne maintenue dans le temps par l’éditeur. Et sur le marché de l’occasion, ça change tout : si les serveurs permettant de télécharger les jeux venaient à être coupés, une cartouche clé ne permettrait plus d’installer le jeu sur une nouvelle console, même si un jeu déjà téléchargé resterait jouable tant qu’il est installé et que la cartouche est insérée. Autant dire que dans dix ans, une game-key card retrouvée au fond d’un vide-grenier risque fort de ne plus servir à rien.

Une polémique que Nintendo prend (un peu) au sérieux

Face à la grogne, la firme de Kyoto a fini par réagir, ou du moins par sonder le terrain. Nintendo a lancé un sondage demandant l’avis du public sur les formats physiques et digitaux de ses jeux, une démarche qui laisse croire que les détracteurs des Game Key Cards se font entendre. Rien d’officiel n’a filtré sur un éventuel changement de stratégie, mais le simple fait de poser la question montre que le sujet dépasse le cercle des collectionneurs grincheux sur les réseaux sociaux.

Le site officiel de Nintendo Life résume bien le sentiment ambiant chez les joueurs les plus attentifs au sujet, en pointant que ces cartes « ont prouvé qu’elles étaient controversées parmi les joueurs car elles ne contiennent aucune donnée de jeu réelle ». Le comble, c’est que la Switch 2 a été justement vendue comme la console qui réglait les problèmes de stockage de sa grande sœur, avec des cartouches plus grosses et plus rapides. Mais en pratique, une bonne partie du line-up tiers contourne totalement cet argument marketing en misant sur des cartes vides. Pour le joueur qui veut vraiment posséder son jeu, sans dépendre d’un serveur qui peut fermer un jour, la seule garantie reste de vérifier la mention sur la boîte avant de sortir sa carte bancaire, et de privilégier les jeux estampillés cartouche standard quand l’option existe.