Nintendo a réglé le problème avant même qu’il ne devienne un vrai problème : dès le lancement de la Switch en 2017, les cartouches de jeu ont été enduites d’un agent chimique au goût immonde, le benzoate de dénatonium, pour dissuader les enfants de les avaler. La petite taille des cartes de jeu Switch a poussé Nintendo à les enduire de ce composé non toxique, en guise de précaution contre une consommation accidentelle ou volontaire par de jeunes enfants. Une solution aussi simple qu’inédite dans l’histoire du jeu vidéo.
- Les cartouches Switch sont enrobées de benzoate de dénatonium, un composé 1 000 fois plus amer que la quinine.
- La découverte a été faite par hasard en 2017 par un journaliste qui a goûté une cartouche en direct.
- Aucune autre console ne copie cette méthode de sécurité, unique dans l’histoire du jeu vidéo grand public.
Un journaliste comme cobaye involontaire
Le pot aux roses a été découvert par accident, pas par une notice de sécurité.
Jeff Gerstmann, journaliste du site américain GiantBomb, aurait été le premier à signaler, dès le 25 février 2017, qu’il n’était pas conseillé de lécher les cartouches, après l’avoir testé lors d’un livestream, quelques jours avant la sortie mondiale de la console. L’info fait le tour du web en quelques heures. Journalistes et curieux se mettent alors à goûter leurs propres cartouches par simple curiosité morbide, et tous confirment l’horreur. Nintendo, interrogé par le site Polygon, finit par lâcher le morceau : un agent amer, le benzoate de dénatonium, a bien été appliqué à la cartouche, et cet agent amer est non toxique.
La marque confirme sans détour que le procédé est volontaire. Nintendo a confirmé que les cartouches de la Switch étaient enrobées d’une substance conçue pour dissuader les gens de les mettre en bouche.
Le composé le plus amer jamais synthétisé
Le dénatonium n’est pas une invention de Nintendo. La molécule a été découverte en 1958 lors de recherches sur les anesthésiants locaux, par le laboratoire T. & H. Smith à Édimbourg, en Écosse, et déposée sous la marque Bitrex. C’est l’un des composés chimiques les plus amers connus, avec un seuil de détection de 0,05 partie par million pour la version benzoate. une quantité infinitésimale suffit à provoquer un rejet immédiat.
Le chiffre donne le vertige.
Des chercheurs américains ont comparé la sensation à celle de la quinine, cette substance qu’on retrouve dans le tonic et qui a elle-même une réputation d’amertume redoutable. Le résultat est sans appel : le benzoate de dénatonium est environ 1 000 fois plus amer que la quinine. Une équipe a même comparé plusieurs supports de jeu pour vérifier si le procédé était généralisé dans l’industrie. Après avoir goûté des cartouches de Nintendo 3DS, de Nintendo DS et de la PlayStation Vita, aucune des trois ne s’est révélée bizarre ni amère au goût.
Une parade qu’aucune autre console n’a copiée à la même échelle
La Switch reste donc, huit ans après son lancement, l’exception qui confirme la règle. Sony et Microsoft n’ont jamais appliqué de traitement comparable à leurs propres supports physiques, blu-ray ou cartes mémoire, alors même que certaines cartes microSD sont tout aussi petites et ingérables.
Nintendo n’a pas changé de méthode avec la nouvelle génération.
Nintendo a coaté les cartouches de la Switch au benzoate de dénatonium depuis le lancement de la console en 2017, et a recommencé avec les nouvelles cartouches de la Switch 2, vendues jusqu’à 80 dollars. Le prix a grimpé, la sécurité enfant reste identique. Ce choix reste discret : aucune mention n’apparaît sur l’emballage, l’info ne circule que par bouche-à-oreille numérique depuis 2017.
Le procédé n’est pas propre à Nintendo : certaines piles bouton fabriquées par Duracell reçoivent le même traitement amer pour décourager leur ingestion accidentelle par les enfants. Le dénatonium se retrouve aussi dans l’alcool dénaturé, l’antigel et les vernis anti-onychophagie destinés à empêcher de se ronger les ongles. La Switch reste toutefois le seul exemple aussi médiatisé dans l’univers du jeu vidéo, où un objet culturel grand public embarque une molécule de laboratoire pensée pour protéger les tout-petits. De quoi rappeler qu’un bout de plastique de la taille d’un ongle peut receler plus de chimie qu’on ne l’imagine.
Sources : nintendo.com | p-nintendo.com | playerone.tv