Windows 11 allume d’usine une protection que presque personne ne vérifie : elle mange jusqu’à 15 % d’images par seconde dans vos jeux

Un chiffre qui devrait vous faire ouvrir les paramètres de sécurité de Windows 11 : jusqu’à 15% de fluidité en moins dans certains jeux, générés par une protection que Microsoft active toute seule, sans jamais vous demander votre avis. Elle s’appelle Virtualization-Based Security, ou VBS pour les intimes, et elle tourne probablement sur votre machine en ce moment même sans que vous en ayez la moindre idée.

Le nom officiel dans l’interface Windows Security, c’est « Intégrité de la mémoire » (Memory Integrity), rangé dans l’onglet Isolation du noyau. Sous ce nom presque anodin se cache en réalité HVCI, la brique technique qui fait tourner une partie du système dans un environnement virtualisé, isolé du reste de l’OS. Le coupable s’appelle souvent VBS, pour Virtualization Based Security, et Microsoft active cette protection par défaut sur la majorité des PC livrés avec Windows 11. Concrètement, votre CPU passe une partie de son temps à faire des allers-retours entre l’espace mémoire normal et cette bulle sécurisée, et ce ping-pong a un coût.

À retenir

  • Une protection de sécurité cache dans Windows 11 pourrait vous voler jusqu’à 15% de vos FPS sans que vous le sachiez
  • Le vrai problème n’est pas toujours les FPS moyens, mais les micro-coupures et le stuttering qui disparaissent mystérieusement après une action simple
  • Avant de désactiver cette protection, demandez-vous si votre PC est vraiment une machine de jeu dédiée ou s’il traite aussi des données sensibles

Pourquoi votre CPU trinque en silence

VBS n’est pas une gadgetterie marketing. Memory Integrity est une partie du framework Virtualization-Based Security de Microsoft, dont le job est de protéger le PC contre les drivers malveillants ou compromis, puisque des drivers hijackés pourraient donner à des malwares un accès très profond au système. Le principe : isoler les processus critiques dans un environnement virtualisé sécurisé afin que même si un malware tente de s’y introduire, il ne puisse pas altérer les parties centrales de Windows. Sur le papier, c’est une avancée sérieuse en matière de sécurité kernel. Dans les faits, ça se traduit par de la charge CPU supplémentaire, exactement comme quand vous faites tourner une machine virtuelle en arrière-plan.

L’ampleur du problème dépend énormément du type de jeu et du hardware. Les augmentations de performances après désactivation sont variables : jeux CPU-bound comme Microsoft Flight Simulator, +10 à +15%, jeux AAA comme Cyberpunk 2077 ou Far Cry 6, environ +5%, titres GPU-bound, le plus souvent moins de 2%. plus votre jeu sollicite le processeur plutôt que la carte graphique, plus la note à payer grimpe. Sur des jeux compétitifs comme Valorant ou Fortnite, l’écart est généralement inférieur à 5%. Et le matériel compte aussi dans l’équation : les processeurs plus anciens ou dotés d’un nombre limité de cœurs subissent un impact plus marqué, les anciennes générations AMD Ryzen ou Intel Core affichant des différences plus visibles que les plateformes récentes et très multicœurs. Pour les configs AMD plus anciennes en particulier, la sanction peut être salée : la dégradation des performances peut atteindre 28% si VBS est activé.

Le vrai souci, ce ne sont pas les FPS moyens

Ce qui frappe le plus les joueurs qui désactivent la fonction, ce n’est pas forcément le compteur de FPS moyen qui bondit. C’est la disparition des micro-coupures. En désactivant memory integrity, la moyenne de FPS reste souvent stable mais les métriques de 1% low grimpent de 15 à 25%, et le stuttering disparaît complètement. C’est typiquement le genre de symptôme frustrant qu’on attribue à un mauvais driver GPU ou à un problème de RAM, alors que le vrai responsable tourne en tâche de fond depuis le début.

Mais tout n’est pas aussi tranché que les titres accrocheurs le laissent penser. Un test récent mené sur Counter-Strike 2, Cyberpunk 2077 et Valorant nuance sérieusement le discours ambiant. Une expérience terrain de MakeUseOf, en testant ces trois jeux avec Memory Integrity activée puis désactivée, n’a pas produit un gain universel de FPS : certains scénarios montraient un changement marginal, d’autres quasiment aucun. Le message qui en découle est plus nuancé que le « désactivez ça et gagnez 20 FPS » qu’on lit partout : pour les joueurs Windows, la règle la plus utile est de traiter Memory Integrity d’abord comme un réglage de sécurité, ensuite comme un réglage de performance. Sur un CPU récent et musclé, l’écart peut tout simplement se noyer dans la marge d’erreur des mesures.

Vérifier, désactiver, et le prix à payer

Savoir si VBS tourne chez vous prend trente secondes. Lancez msinfo32 via le menu Démarrer, et regardez la ligne « Sécurité basée sur la virtualisation » dans le résumé système. Sous la section System Summary, si la valeur affichée est « Running », VBS est activé sur votre machine. Pour le couper, pas besoin de bidouiller le registre en premier lieu : direction Windows Security, onglet Isolation du noyau, puis basculement du toggle Intégrité de la mémoire sur désactivé, suivi d’un redémarrage.

Reste la question qui compte vraiment : est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? La protection existe pour une raison concrète, pas pour occuper de la place dans les paramètres. VBS protège réellement contre une classe d’attaque bien réelle, les drivers malveillants ou vulnérables qui tentent d’injecter du code dans le noyau Windows, et les attaques basées sur les drivers sont une technique de malware courante, pas hypothétique. Le compromis se joue donc au cas par cas : un joueur compétitif sur un PC dédié au jeu, sans usage professionnel sensible, peut désactiver la fonction sans trop de risque. Sur une machine qui gère aussi des données pro ou qui traîne sur des sites peu recommandables, la garder active reste le choix le plus sage, même au prix de quelques images par seconde.